UEMOA : La suppression de millions de comptes dormants a fait reculer le taux de bancarisation à 25,2 %.
L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) enregistre un paradoxe statistique. Alors que les services financiers continuent de se développer dans la région, le taux de bancarisation strict est ressorti à 25,2 %, un niveau qui traduit un apparent recul de l’inclusion bancaire.
À première vue, ce chiffre pourrait laisser croire à un désengagement des populations vis-à-vis des banques. En réalité, la situation est tout autre. Cette évolution résulte principalement d’une vaste opération d’assainissement menée par les établissements financiers de l’Union, qui ont procédé à la fermeture de millions de comptes inactifs ou dormants afin d’améliorer la fiabilité des statistiques du secteur bancaire.
Cette démarche marque une étape importante dans la modernisation du système financier régional et offre une photographie plus réaliste de l’utilisation effective des services bancaires au sein de l’UEMOA.
Une correction statistique plutôt qu’une désaffection bancaire
Pendant plusieurs années, les indicateurs de bancarisation ont intégré des comptes ouverts mais peu ou pas utilisés.
Il s’agissait notamment de comptes :
- sans mouvement depuis plusieurs années ;
- ouverts dans le cadre de projets ou programmes spécifiques ;
- créés lors d’opérations ponctuelles de bancarisation ;
- conservés après un changement d’emploi ou de situation professionnelle.
Ces comptes continuaient d’être comptabilisés dans les statistiques, alors qu’ils ne reflétaient plus une utilisation réelle des services bancaires.
La décision des banques de fermer ces comptes a mécaniquement réduit le nombre total de comptes recensés, entraînant une baisse du taux de bancarisation strict. Toutefois, cette diminution traduit davantage un nettoyage des bases de données qu’un recul de l’accès aux services financiers.
Une bancarisation encore faible malgré les progrès
Avec un taux de 25,2 %, l’UEMOA demeure confrontée à un défi majeur : trois personnes sur quatre ne disposent toujours pas d’un compte bancaire classique.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs :
- la prédominance du secteur informel ;
- la faiblesse des revenus d’une partie de la population ;
- la concentration des agences bancaires dans les centres urbains ;
- le coût perçu des services financiers ;
- une faible culture bancaire dans certaines zones rurales.
Ces contraintes limitent encore la capacité des banques traditionnelles à toucher une large partie des populations.
La révolution du mobile money change la donne
Si la bancarisation progresse lentement, l’inclusion financière connaît en revanche une évolution beaucoup plus rapide grâce à la monnaie électronique.
Au cours des dernières années, les services de mobile money ont profondément transformé le paysage financier ouest-africain.
Aujourd’hui, des millions de personnes utilisent quotidiennement leur téléphone portable pour :
- recevoir de l’argent ;
- effectuer des paiements ;
- régler des factures ;
- épargner ;
- ou encore accéder à certains services financiers.
C’est pourquoi les autorités monétaires privilégient de plus en plus l’indicateur d’inclusion financière globale, qui prend en compte à la fois les banques, les systèmes financiers décentralisés et les services de monnaie électronique.
Sous cet angle, le niveau d’accès aux services financiers dans l’UEMOA est nettement supérieur au taux de bancarisation strict.
Une exigence croissante de transparence dans le secteur bancaire
L’assainissement des comptes dormants répond également à des exigences réglementaires.
Les banques sont de plus en plus encouragées à :
- améliorer la qualité de leurs données clients ;
- renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux ;
- mieux identifier les comptes réellement actifs ;
- optimiser leurs coûts de gestion.
Cette évolution rapproche progressivement les pratiques bancaires régionales des standards internationaux.
Un chiffre qui cache une transformation profonde
L’annonce d’un taux de bancarisation de 25,2 % peut donner l’impression d’une contre-performance. Pourtant, le véritable enseignement est ailleurs.
Premièrement, les statistiques deviennent plus fiables. Les autorités monétaires cherchent désormais à mesurer l’utilisation réelle des services financiers plutôt que le simple nombre de comptes ouverts.
Deuxièmement, l’inclusion financière africaine se déplace progressivement des agences bancaires vers les solutions numériques. Le téléphone mobile est devenu, pour des millions de personnes, la première porte d’entrée dans l’univers financier.
Troisièmement, la concurrence entre banques traditionnelles, institutions de microfinance et opérateurs de mobile money redessine en profondeur le paysage financier régional.
L’avenir de l’inclusion financière dans l’UEMOA se jouera probablement moins sur le nombre d’agences bancaires ouvertes que sur la capacité des acteurs à proposer des services simples, accessibles et adaptés aux réalités économiques des populations.
Une nouvelle lecture de la bancarisation en Afrique de l’Ouest
La fermeture de millions de comptes dormants marque un tournant silencieux mais significatif pour le système financier de l’UEMOA.
Derrière la baisse apparente du taux de bancarisation se cache en réalité une volonté de mieux mesurer la réalité économique du terrain. Dans une région où les services financiers numériques gagnent chaque année du terrain, les indicateurs traditionnels montrent désormais leurs limites.
Plus qu’un recul, ce chiffre de 25,2 % illustre la transition en cours d’un modèle bancaire classique vers un écosystème financier plus diversifié, plus digital et potentiellement plus inclusif.
Dans cette nouvelle configuration, le véritable enjeu ne sera plus seulement d’ouvrir des comptes, mais de créer des usages durables capables de transformer l’accès des populations aux opportunités économiques.
La Rédaction



