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Photo : Apanews

APSACO 2026 : La CEDEAO et l’AES au centre des débats sur la sécurité ouest-africaine.

Une conférence stratégique dans un contexte régional fragmenté

La capitale marocaine, Rabat, accueille les 11 et 12 juin 2026 une nouvelle édition de l’African Peace and Security Annual Conference (APSACO), organisée par le Policy Center for the New South. Ce rendez-vous réunit chercheurs, diplomates, experts en sécurité et décideurs politiques autour des grandes mutations sécuritaires du continent africain.

L’édition 2026 intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’Afrique de l’Ouest, marqué par la coexistence de deux ensembles régionaux aux dynamiques différentes : la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Confédération des États du Sahel (AES) regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Cette configuration inédite alimente des interrogations sur l’avenir de la coopération sécuritaire dans une région confrontée à des menaces persistantes.


CEDEAO et AES : deux architectures, une même zone de crise

Depuis les recompositions politiques récentes, la CEDEAO et l’AES évoluent comme deux pôles institutionnels distincts, parfois en tension, mais confrontés aux mêmes réalités sécuritaires.

La CEDEAO conserve son rôle historique d’organisation d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, tandis que l’AES s’est structurée autour d’une logique de souveraineté sécuritaire et de coopération militaire renforcée entre ses États membres.

Cette dualité institutionnelle pose une question centrale : comment coordonner efficacement la lutte contre les menaces transfrontalières dans un espace désormais fragmenté ?


La sécurité au Sahel, point de convergence incontournable

Malgré les divergences politiques, les enjeux sécuritaires imposent une forme d’interdépendance. Le Sahel reste l’un des foyers les plus actifs de groupes armés et de réseaux criminels transfrontaliers, avec des répercussions directes sur les pays côtiers de la région.

Dans ce contexte, plusieurs initiatives diplomatiques récentes ont tenté de maintenir un dialogue minimal entre les deux blocs. Des rencontres tenues à Lomé en avril 2026 ont notamment permis d’esquisser des pistes de coopération technique, notamment sur le partage de renseignements et la coordination opérationnelle.

Cette réalité sécuritaire commune contraste avec les divergences institutionnelles, créant une tension permanente entre nécessité pratique et contraintes politiques.


APSACO, un espace neutre pour penser la sécurité africaine

La conférence APSACO joue ici un rôle particulier. Elle ne constitue pas un cadre de négociation politique formelle, mais un espace académique et stratégique permettant d’analyser les évolutions de la sécurité africaine sans contraintes diplomatiques directes.

L’édition 2026 s’inscrit dans une décennie marquée par la multiplication des crises sécuritaires, la transformation des menaces et la remise en question des modèles classiques de coopération régionale.

Les discussions portent notamment sur l’efficacité des dispositifs existants face aux nouvelles formes d’insécurité, allant du terrorisme aux trafics transfrontaliers, en passant par les fragilités institutionnelles.


Deux visions de l’intégration régionale

Au cœur des débats se dessinent deux approches différentes de l’organisation régionale.

La CEDEAO incarne une logique d’intégration économique et politique progressive, construite sur plusieurs décennies. L’AES, de son côté, met en avant une approche centrée sur la souveraineté sécuritaire et une coopération militaire plus intégrée entre ses membres.

Entre ces deux visions, les défis restent identiques : stabiliser les territoires, sécuriser les populations et contenir l’expansion des groupes armés dans le Sahel et au-delà.


Une région face à une pression sécuritaire persistante

L’Afrique de l’Ouest demeure confrontée à une pression sécuritaire élevée, notamment dans les zones rurales et frontalières. Les dynamiques des groupes armés, les trafics illicites et les fragilités institutionnelles continuent d’alimenter une instabilité chronique dans plusieurs pays.

Dans ce contexte, la question de la coordination entre États devient centrale. Plusieurs analyses sécuritaires soulignent la nécessité d’une coopération minimale, même en l’absence d’un cadre institutionnel pleinement harmonisé entre la CEDEAO et l’AES.


Un débat qui dépasse les cercles académiques

Si APSACO 2026 se déroule dans un cadre académique, les enjeux abordés ont des implications très concrètes pour les populations ouest-africaines.

La fragmentation des mécanismes de coopération régionale pourrait avoir un impact direct sur l’efficacité des réponses sécuritaires, tandis qu’un rapprochement, même limité, pourrait renforcer la résilience collective face aux menaces communes.

Dans cette perspective, Rabat devient le théâtre d’une réflexion stratégique sur l’avenir de la sécurité ouest-africaine, à un moment où les équilibres régionaux sont en pleine recomposition.


Une équation encore ouverte

Entre divergences institutionnelles et réalités sécuritaires partagées, la région reste à la recherche d’un modèle de coopération viable.

APSACO 2026 ne prétend pas résoudre ces tensions, mais il offre un espace rare où experts et décideurs peuvent confronter leurs analyses et explorer des pistes de convergence.

Dans une Afrique de l’Ouest traversée par des mutations profondes, la question n’est plus seulement celle des institutions, mais celle de leur capacité à répondre ensemble à des défis qui, eux, ne connaissent pas de frontières.

La Rédaction

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