Mali : Excédent commercial record et banques solides, mais une économie toujours dépendante de l’or.
Réuni le 14 avril 2026 à Bamako, le Conseil national du crédit de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a dressé un état des lieux de la conjoncture économique et financière du pays.
Au cœur des échanges : l’évolution du commerce extérieur, la solidité du système bancaire et les conditions de financement de l’économie.
Le diagnostic global fait ressortir des indicateurs encourageants, mais aussi des fragilités structurelles.
Un retournement spectaculaire du commerce extérieur
L’un des faits marquants relevés par le Conseil est l’amélioration nette du commerce extérieur.
Le Mali a enregistré un excédent commercial de 418,9 milliards FCFA au quatrième trimestre 2025, contrastant fortement avec le déficit observé au trimestre précédent.
Cette performance traduit :
- une forte progression des exportations
- une amélioration du taux de couverture des importations
- un regain de compétitivité sur certains produits
Ce retournement constitue un signal positif pour l’équilibre macroéconomique du pays.
L’or, moteur quasi exclusif des exportations
Derrière cette performance se cache toutefois une réalité bien connue : la prédominance de l’or.
Les exportations aurifères représentent environ 91 % des recettes extérieures, avec des volumes dépassant les 1 200 milliards FCFA.
Ce poids écrasant de l’or souligne :
- la dépendance de l’économie à une ressource unique
- la sensibilité aux fluctuations des prix internationaux
- la vulnérabilité face aux chocs externes
Si l’or tire la croissance, il en limite aussi la diversification.
Un système bancaire liquide et résilient
Autre enseignement majeur : la solidité du secteur bancaire.
Le Conseil a relevé un niveau de liquidité jugé satisfaisant, avec un système composé de plusieurs banques et établissements financiers capables de maintenir leurs équilibres.
Cette situation reflète :
- une gestion prudente des institutions financières
- une certaine stabilité du secteur
- une capacité à absorber les tensions économiques
Dans un environnement régional parfois incertain, cette résilience constitue un point d’appui important.
Le défi du financement de l’économie réelle
Malgré cette liquidité, une question demeure : celle de son utilisation.
Le financement du secteur privé reste limité, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.
Les obstacles sont connus :
- exigences élevées en matière de garanties
- accès restreint au crédit
- inadéquation entre offre bancaire et besoins des entreprises
Ainsi, la liquidité existe, mais peine encore à irriguer pleinement l’économie productive.
Une croissance sous conditions
Les perspectives économiques du Mali restent globalement positives, avec une croissance attendue autour de 5 %.
Mais cette dynamique dépendra de plusieurs facteurs clés :
- la diversification des exportations
- le développement d’autres secteurs productifs
- l’amélioration de l’accès au financement
Sans ces évolutions, la croissance risque de rester dépendante des cycles des matières premières.
Une économie solide… mais encore concentrée
Le Mali présente aujourd’hui des fondamentaux économiques rassurants.
Un excédent commercial solide, un système bancaire stable, des perspectives de croissance encourageantes.
Mais derrière cette apparente robustesse, une réalité persiste : la concentration des richesses autour de l’or.
Car une économie ne se mesure pas seulement à ses performances immédiates…
Elle se juge à sa capacité à diversifier ses sources de croissance.
Et sur ce terrain, le véritable chantier ne fait que commencer.
La Rédaction



