Burkina‑Ghana : Comment Ouagadougou veut désengorger les routes du commerce régional.
Dans les couloirs feutrés des bureaux ministériels ghanéens, une question stratégique a occupé le cœur des discussions entre responsables de deux États ouest‑africains en fin mars 2026 : la fluidification du transit portuaire pour le Burkina Faso, pays sans littoral dépendant des infrastructures portuaires de son voisin le Ghana pour la majorité de ses importations et exportations.
C’est dans cette logique que Émile Zerbo, ministre d’État burkinabè en charge de l’Administration territoriale et de la Mobilité, s’est rendu à Accra les 30 et 31 mars pour conduire une série de rencontres avec des décideurs ghanéens. L’objectif affiché : lever les obstacles logistiques qui freinent encore trop souvent la circulation des marchandises entre les ports ghanéens et l’intérieur des terres sahéliennes.
Un État enclavé à la merci des ports d’Afrique de l’Ouest
À l’origine de ces discussions, un constat simple mais lourd de conséquences pour l’économie burkinabè : le pays est directement dépendant des ports ghanéens, notamment le port de Tema, principal point de transit vers le nord de l’Afrique de l’Ouest pour l’acheminement de près de 70 % de ses marchandises importées par voie maritime.
À Tema, l’un des deux grands ports du Ghana (aux côtés de Takoradi), des efforts massifs ont été engagés ces dernières années pour renforcer les capacités et la compétitivité des infrastructures portuaires, notamment à travers l’extension du site et l’activation de services 24 heures sur 24.
Ce qui coince encore sur le terrain
Lors de son entretien avec Joseph Bukari Nikpe, ministre ghanéen des Transports, Émile Zerbo a décrit plusieurs points de friction identifiés par les opérateurs burkinabè :
- L’absence d’accord de siège clair pour le Conseil burkinabè des Chargeurs, qui limite la représentation institutionnelle dans les ports ghanéens.
- Des coûts de surestaries élevés, qui pèsent sur les opérateurs économiques lorsque les conteneurs restent plus longtemps que prévu dans les terminaux.
- Le manque d’aires de repos sécurisées et d’infrastructures adéquates le long des corridors terrestres, qui ralentit les rotations et augmente les risques pour les transporteurs.
- La fluctuation des coûts monétaires et des contraintes administratives, qui renchérit le coût logistique global.
Dans le contexte d’une Afrique de l’Ouest où les corridors de transit sont déjà sollicités au maximum, ces entraves apparaissent comme des freins structurels à une intégration économique plus fluide entre les deux pays.
Des engagements mais des défis persistants
Le ministre ghanéen des Transports a assuré que des mesures rapides seraient prises pour lever certaines contraintes, tout en annonçant la création d’une équipe conjointe d’experts chargée d’identifier les obstacles persistants et de proposer des solutions durables.
Dans ces discussions, la sécurisation des corridors a aussi été mise en avant, notamment lors d’un autre point avec Muntaka Mohammed‑Mubarak, ministre de l’Intérieur ghanéen, en présence de l’ambassadeur du Burkina Faso à Accra. L’insécurité routière et les risques pesant sur les transporteurs sont souvent cités comme des facteurs aggravants pour le bon déroulement du transit.
Au‑delà des symboles : quelles perspectives pour les acteurs économiques ?
Ce déplacement d’Émile Zerbo s’inscrit dans un contexte plus large d’interdépendance logistique dans la sous‑région. Le Burkina Faso, comme d’autres États sahéliens sans accès à la mer, dépend de plus en plus des performances et de la compétitivité des ports ghanéens. Les enjeux sont multiples : réduire les coûts de transaction, accélérer les délais de livraison et renforcer la sécurité sur les routes de transit.
À moyen terme, l’amélioration des corridors routiers et ferroviaires, comme le projet de liaison ferroviaire entre Tema et Ouagadougou, pourrait transformer en profondeur la dynamique des échanges entre les deux pays, et au‑delà, sur l’ensemble de la région sahélienne.
Pour le moment, les promesses de mesures concrètes doivent être suivies de résultats tangibles pour les transporteurs et les entreprises burkinabè qui paient aujourd’hui le prix de la lenteur des chaînes logistiques. L’heure n’est plus aux intentions cordiales, mais à la mise en œuvre effective de réformes et d’investissements durables.
La Rédaction


