UEMOA : Le chômage recule à 10,6%, mais la réalité de l’emploi reste profondément inégale.
L’Union économique et monétaire ouest-africaine enregistre une évolution encourageante de son marché du travail. Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage s’établit à 10,6%, confirmant une tendance baissière amorcée depuis le début de l’année.
Cette progression traduit un redressement progressif des économies de la région, marqué par une reprise de l’activité dans plusieurs secteurs, notamment les services, le commerce et la construction.
À première vue, le signal est positif : davantage de personnes accèdent à un emploi, et le marché du travail semble mieux absorber la main-d’œuvre.
Une dynamique portée par les économies urbaines
Cette amélioration repose en grande partie sur le dynamisme des zones urbaines, où se concentre l’essentiel des activités économiques formelles.
Dans les grandes villes de l’Union, l’emploi progresse sous l’effet de :
- la reprise des investissements
- le développement des services
- l’expansion des activités commerciales
Ces pôles urbains jouent un rôle de moteur, attirant une population active en quête d’opportunités.
Mais cette concentration de la croissance pose une question essentielle : profite-t-elle réellement à l’ensemble de la population ?
Des chiffres qui masquent une réalité plus complexe
Car derrière la baisse du chômage se cache une limite importante : les statistiques disponibles concernent majoritairement les milieux urbains.
Or, dans les pays de l’UEMOA, une grande partie de la population vit en zone rurale, où les dynamiques d’emploi sont très différentes.
Dans ces espaces :
- l’emploi est souvent informel
- le sous-emploi est répandu
- de nombreuses activités échappent aux statistiques classiques
Ainsi, le taux de chômage officiel ne reflète qu’une partie de la réalité du marché du travail.
Une fracture persistante entre hommes et femmes
Même en milieu urbain, la baisse du chômage ne bénéficie pas de manière homogène.
Les femmes restent nettement plus touchées par le chômage que les hommes. Cet écart s’explique par plusieurs facteurs :
- un accès limité à certains secteurs formels
- une forte présence dans des activités précaires
- des contraintes sociales et familiales
Cette inégalité structurelle continue de freiner l’inclusion économique.
Jeunes actifs : une insertion toujours fragile
La situation des jeunes illustre également les limites de la reprise.
Si certains indicateurs montrent une amélioration pour les plus jeunes, l’insertion professionnelle reste difficile, notamment pour les 25-34 ans.
Le décalage entre formation et besoins du marché du travail demeure un obstacle majeur, limitant l’accès à des emplois stables et qualifiés.
L’informel, pilier invisible de l’emploi
L’un des principaux défis de la région réside dans le poids de l’économie informelle.
Une grande partie des actifs travaille, mais dans des conditions souvent précaires :
- revenus irréguliers
- absence de protection sociale
- faible productivité
Dans ce contexte, la baisse du chômage ne signifie pas nécessairement une amélioration de la qualité de l’emploi.
Au-delà du chômage, le défi du sous-emploi
Plus encore que le chômage, c’est le sous-emploi qui constitue le véritable enjeu.
De nombreux travailleurs exercent des activités insuffisantes pour assurer des revenus décents. Cette réalité, largement répandue, reste difficile à mesurer mais pèse fortement sur les conditions de vie.
Elle traduit un déséquilibre profond entre croissance économique et création d’emplois de qualité.
Une croissance encore insuffisamment inclusive
Le recul du chômage à 10,6% montre que les économies de l’Union avancent dans la bonne direction. Mais il met aussi en lumière leurs limites.
La croissance actuelle, bien qu’elle crée des emplois, ne parvient pas encore à les rendre suffisamment inclusifs, stables et productifs.
L’enjeu n’est donc plus seulement quantitatif, mais qualitatif.
Le véritable test commence maintenant
L’Union économique et monétaire ouest-africaine se trouve à un moment charnière.
Elle a démontré sa capacité à relancer l’emploi. Mais la prochaine étape sera plus exigeante :
- formaliser l’économie
- améliorer la productivité
- réduire les inégalités
- créer des emplois durables
Car au fond, un marché du travail ne se juge pas uniquement au nombre de personnes employées.
Il se mesure à la qualité des opportunités qu’il offre.
Et sur ce terrain, le chantier reste immense.
La Rédaction



