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UEMOA : Le Mali, seul État sous la barre des 3 % de déficit public.

Dans une Union économique et monétaire ouest-africaine encore engagée dans un lent retour à l’orthodoxie budgétaire, le Mali se distingue. Selon les données les plus récentes disponibles, le pays est le seul membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine à respecter effectivement la norme communautaire fixant le déficit public global à un maximum de 3 % du PIB.

Un seuil symbolique, mais surtout stratégique, dans une zone où la soutenabilité des finances publiques reste sous tension.


Le critère des 3 % : boussole budgétaire de l’Union

Au sein de l’UEMOA, la discipline budgétaire repose sur des critères de convergence. Le plus emblématique d’entre eux fixe un plafond de déficit public (dons compris) à 3 % du produit intérieur brut.

Ce principe, inspiré des standards internationaux, vise à garantir la stabilité macroéconomique, préserver la solidité du franc CFA et limiter l’endettement excessif des États membres. Après les chocs successifs : pandémie, flambée des prix internationaux, tensions sécuritaires, la plupart des pays de l’Union ont vu leurs déficits se creuser au-delà de cette norme.

Dans ce contexte, revenir sous la barre des 3 % constitue un signal fort envoyé aux partenaires financiers et aux marchés.


Le Mali repasse sous le seuil communautaire

D’après les dernières données consolidées, le déficit budgétaire du Mali s’est établi autour de 2,6 % du PIB en 2024, après un niveau proche de 3,9 % en 2023.

Les projections pour 2025 maintiennent le déficit autour de 2,7 % du PIB, ce qui placerait le pays durablement en conformité avec le critère communautaire.

Cette amélioration s’explique principalement par :

  • une progression des recettes fiscales ;
  • une meilleure maîtrise des dépenses publiques ;
  • un encadrement plus rigoureux des engagements budgétaires.

À l’échelle régionale, la situation reste contrastée. Plusieurs États de l’Union affichent encore des déficits supérieurs au plafond communautaire, et le déficit agrégé de la zone demeure légèrement au-dessus du seuil, malgré une trajectoire attendue de réduction progressive.


Discipline budgétaire sous contraintes

Respecter la norme des 3 % dans le contexte malien n’a rien d’anodin. Le pays évolue dans un environnement marqué par des dépenses sécuritaires élevées, des besoins d’investissement importants et une dépendance significative aux recettes minières.

Les institutions internationales soulignent d’ailleurs que la trajectoire budgétaire pourrait rester fragile en cas de choc externe : baisse des cours de l’or, pression climatique ou ralentissement économique régional.

Autrement dit, la performance actuelle ne garantit pas une stabilité automatique à moyen terme. Elle traduit plutôt un effort d’ajustement budgétaire dans un environnement exigeant.


Un signal pour les marchés et les partenaires

Dans un espace monétaire intégré, la crédibilité budgétaire d’un État ne concerne pas uniquement ses finances nationales. Elle participe à la stabilité de l’ensemble.

En revenant sous la norme des 3 %, le Mali envoie un message de discipline financière à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, aux investisseurs régionaux et aux partenaires techniques.

La consolidation budgétaire améliore également la perception du risque souverain, un élément déterminant pour le coût du financement sur le marché régional des titres publics.


Un défi régional encore entier

Si le Mali se positionne aujourd’hui comme l’unique État pleinement conforme au critère budgétaire, l’enjeu dépasse le cas national.

La convergence budgétaire est un pilier fondamental de l’intégration économique ouest-africaine. Or, tant que la majorité des pays demeureront au-dessus du seuil communautaire, la stabilité collective restera partiellement vulnérable.

Le défi pour l’UEMOA sera donc double : accompagner les États dans la consolidation de leurs finances publiques, tout en soutenant la croissance et l’investissement productif.

Car au fond, la discipline budgétaire n’est pas une fin en soi. Elle est un instrument. Et dans une région en quête de souveraineté économique, la capacité à financer son développement sans dérive excessive des comptes publics constitue l’un des véritables marqueurs de maturité macroéconomique.

La Rédaction

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