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La BAD et l’Union africaine mettent l’accent sur la mobilité pour promouvoir une Afrique sans visa.

L’intégration africaine avance souvent à deux vitesses : rapide sur le papier, plus lente aux frontières. Lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine, la question de la libre circulation des personnes a refait surface avec vigueur. Aux côtés de l’organisation panafricaine, la Banque africaine de développement (BAD) a plaidé pour une accélération concrète vers une Afrique sans visa pour ses citoyens, un chantier ancien, mais désormais présenté comme un levier économique stratégique.

L’initiative s’inscrit dans l’Agenda 2063 et vise à lever l’un des paradoxes les plus criants du continent : alors que les droits de douane diminuent dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les Africains, eux, continuent de se heurter à des barrières administratives pour circuler d’un pays à l’autre.


La mobilité, maillon faible de l’intégration

Le discours officiel est limpide : on ne bâtit pas un marché continental dynamique avec des frontières hermétiques pour ses propres citoyens. Selon les données du dernier Africa Visa Openness Index, publié conjointement par la BAD et la Commission de l’Union africaine, environ 28 % seulement des Africains peuvent voyager dans d’autres pays du continent sans visa préalable.

Autrement dit, plus de la moitié des déplacements intra-africains exigent encore des démarches administratives souvent longues et coûteuses. Pour les chefs d’entreprise, les travailleurs qualifiés, les étudiants ou les investisseurs, ces obstacles freinent les échanges et renchérissent les opportunités.


Un enjeu économique avant tout

À Addis-Abeba, le message a été clair : la libre circulation n’est pas qu’une question symbolique ou diplomatique. Elle est un outil de transformation économique.

Faciliter les déplacements permettrait :

  • de stimuler le tourisme intra-africain, encore marginal comparé aux flux vers l’Europe ou l’Asie ;
  • de fluidifier les chaînes de valeur régionales, notamment dans l’agro-industrie et les services ;
  • d’encourager la mobilité des talents, indispensable à l’industrialisation et à l’innovation.

Pour la BAD, l’équation est simple : un marché continental de plus d’un milliard d’habitants ne peut fonctionner efficacement si la circulation des personnes reste plus compliquée que celle des marchandises.


Des exemples qui montrent la voie

Certains États ont déjà pris des mesures significatives. Des pays comme le Ghana, le Rwanda ou la Gambie ont assoupli leurs politiques de visas à l’égard des ressortissants africains, adoptant des régimes sans visa ou avec visa à l’arrivée.

Ces expériences servent désormais d’arguments aux partisans d’une généralisation du modèle. Elles montrent que l’ouverture n’entraîne pas mécaniquement un désordre migratoire, mais peut au contraire dynamiser l’économie locale.


Les freins persistants

Malgré l’élan politique affiché, plusieurs obstacles demeurent :

  • des préoccupations sécuritaires invoquées par certains États ;
  • l’absence d’harmonisation des politiques migratoires ;
  • le manque d’interopérabilité des systèmes d’identité et de gestion des frontières.

La libre circulation suppose une modernisation technique : digitalisation des procédures, partage d’informations, coordination régionale. Autrement dit, il ne suffit pas d’annoncer une Afrique sans visa ; il faut en construire l’architecture institutionnelle et technologique.


Une question de crédibilité continentale

La relance du chantier intervient à un moment charnière. La ZLECAf avance, les discussions sur les chaînes de valeur régionales s’intensifient, et la compétition mondiale pour attirer les investissements s’accroît. Dans ce contexte, maintenir des barrières de mobilité interne affaiblit la cohérence du projet africain.

Pour les décideurs réunis à Addis-Abeba, l’enjeu dépasse la circulation individuelle : il s’agit de renforcer la crédibilité du continent comme espace économique intégré.


De l’ambition à l’exécution

Le projet d’une Afrique sans visa n’est ni nouveau ni utopique. Il figure dans les textes fondateurs de l’Union africaine et dans les grandes visions stratégiques continentales. Ce qui change aujourd’hui, c’est la tonalité : la mobilité est désormais présentée comme un impératif économique, non comme un simple idéal panafricain.

Reste la question centrale : les États accepteront-ils de traduire cette ambition en réformes concrètes et coordonnées ?

Car l’intégration africaine ne se mesurera pas uniquement au volume des échanges commerciaux, mais aussi à la facilité avec laquelle un entrepreneur de Dakar pourra se rendre à Nairobi, ou un ingénieur de Kigali travailler à Abidjan.

L’Afrique a déjà signé les traités. Il lui reste à ouvrir les frontières.

La Rédaction

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