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Sénégal : Pourquoi Dakar refuse toujours la restructuration de sa dette.

Entre souveraineté, stratégie financière et bras de fer avec le FMI, le Sénégal fait un pari risqué : éviter la restructuration formelle de sa dette malgré un niveau d’endettement historiquement élevé.

Depuis plusieurs mois, la question agite les marchés, les bailleurs et les économistes : le Sénégal doit-il restructurer sa dette publique ? Le gouvernement, lui, maintient un cap clair : non.

Une position assumée par les autorités dirigées par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, malgré les discussions serrées avec le Fonds monétaire international (FMI) et la pression des marchés internationaux.


Une dette réévaluée à la hausse après un audit

Le point de rupture remonte à la révélation de dettes non déclarées héritées de l’administration précédente. À la suite d’audits et de révisions statistiques, le ratio dette/PIB du Sénégal a été fortement réévalué, atteignant un niveau bien supérieur aux estimations antérieures.

Cette découverte a eu trois conséquences immédiates :

  • suspension ou ralentissement du programme en cours avec le FMI (1,8 milliard USD),
  • dégradations de la note souveraine par certaines agences,
  • hausse de la perception du risque pays sur les marchés.

Dans un contexte de taux d’intérêt mondiaux élevés, cette réévaluation a mécaniquement renchéri le coût potentiel de refinancement.


Pourquoi le gouvernement refuse la restructuration

La restructuration de dette n’est pas un simple ajustement technique. Elle constitue un signal fort envoyé aux marchés : celui d’un pays qui ne peut plus honorer ses engagements selon les termes initiaux.

Pour Dakar, accepter une restructuration formelle comporte plusieurs risques majeurs.

1. Le risque de stigmatisation financière

Une restructuration encadrée, notamment sous l’égide du FMI, peut être perçue comme un quasi-défaut. Elle pourrait :

  • compliquer l’accès futur aux marchés internationaux,
  • augmenter durablement les primes de risque,
  • affecter la crédibilité financière du pays.

Or, le Sénégal reste présent sur les marchés via des eurobonds et dépend du refinancement extérieur pour lisser ses échéances.


2. La crainte d’un programme d’austérité contraignant

Dans la plupart des cas, une restructuration s’accompagne de conditionnalités fortes : réduction des subventions, réforme fiscale accélérée, compression des dépenses publiques.

Le gouvernement estime qu’un tel cadre pourrait freiner ses priorités sociales et économiques, notamment dans un contexte de tensions liées au coût de la vie.

La position officielle est claire : toute coopération avec le FMI doit préserver les marges de décision nationales.


3. Une stratégie alternative : gérer plutôt que restructurer

Les autorités mettent en avant une « gestion active » de la dette :

  • reprofilage des échéances,
  • allongement des maturités,
  • optimisation du portefeuille,
  • mobilisation accrue des ressources domestiques.

Selon le ministère des Finances, ces mesures auraient permis de dégager un espace budgétaire significatif en 2025, sans passer par une restructuration formelle.

L’argument central : il est possible d’améliorer la soutenabilité de la dette sans déclencher le signal négatif d’un réaménagement officiel.


Un débat économique loin d’être tranché

Les économistes sont divisés.

Certains estiment que différer une restructuration pourrait aggraver la situation si les conditions de marché se détériorent davantage. Selon eux, une restructuration préventive et ordonnée pourrait être moins coûteuse qu’un ajustement subi plus tard.

D’autres considèrent que le Sénégal dispose encore d’une marge de manœuvre grâce :

  • à ses perspectives de production pétrolière et gazière,
  • à une base économique relativement diversifiée,
  • et à une capacité de mobilisation fiscale en amélioration.

Le désaccord avec le FMI porte essentiellement sur l’évaluation de la viabilité à moyen terme.


Une équation politique autant qu’économique

Au-delà des chiffres, la question est aussi politique.

Pour un nouveau pouvoir élu sur un discours de souveraineté et de rupture, accepter une restructuration pourrait apparaître comme un aveu de faiblesse. À l’inverse, tenir une ligne dure expose à un test de crédibilité face aux marchés.

Le Sénégal joue donc un équilibre délicat : négocier avec le FMI sans franchir la ligne rouge de la restructuration formelle.


Les mois décisifs à venir

Les prochaines échéances extérieures et la capacité du pays à mobiliser des financements à des conditions soutenables seront déterminantes.

Deux scénarios se dessinent :

  • une normalisation progressive grâce à un accord ajusté avec le FMI et une amélioration des recettes ;
  • ou une pression accrue si les marchés exigent des rendements prohibitifs.

Le choix actuel du gouvernement est un pari stratégique : préserver l’image financière du pays et éviter une restructuration, en misant sur une gestion technique et une relance économique progressive.

Mais dans l’arithmétique de la dette, le temps n’est jamais neutre.

La véritable question n’est plus seulement de savoir si le Sénégal peut éviter la restructuration.
Elle est de déterminer combien de temps il pourra maintenir cet équilibre sans compromettre sa trajectoire de croissance.

La Rédaction

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