Anacarde au Burkina Faso : Le prix bord champ maintenu à 385 FCFA/kg, un signal fort pour la transformation locale.
Dans un contexte régional marqué par la volatilité des cours agricoles et la pression sur les revenus paysans, les autorités burkinabè ont décidé de maintenir le prix plancher bord champ de la noix de cajou à 385 FCFA le kilogramme. Une décision à forte portée économique, qui vise à sécuriser les producteurs tout en consolidant l’ambition nationale de transformation locale.
Un prix stabilisé dans un environnement incertain
Le maintien du prix bord champ à 385 FCFA/kg s’inscrit dans la continuité des orientations adoptées pour la campagne en cours. Cette mesure concerne l’achat de la noix brute auprès des producteurs, avant toute transformation ou exportation.
Dans un contexte sous-régional où les prix peuvent fluctuer en fonction de la demande internationale, notamment en Asie, principal débouché des noix brutes, cette stabilisation vise d’abord à protéger le revenu des producteurs, maillon central de la filière.
Pour un pays où des centaines de milliers de ménages ruraux dépendent directement ou indirectement de l’anacarde, la question du prix bord champ n’est pas technique : elle est sociale, économique et stratégique.
L’anacarde, pilier discret mais stratégique de l’économie agricole
La noix de cajou est aujourd’hui l’un des produits agricoles d’exportation majeurs du Burkina Faso, aux côtés du coton et de l’or (dans sa version artisanale pour l’économie rurale). La filière génère des recettes en devises significatives et contribue à la diversification des exportations.
Mais le véritable enjeu dépasse la simple vente de matière première.
Depuis plusieurs années, les autorités encouragent la transformation locale afin de capter davantage de valeur ajoutée : décorticage, conditionnement, production d’amandes prêtes à l’export ou destinées au marché local.
Maintenir un prix maîtrisé permet ainsi d’équilibrer deux impératifs :
- garantir un revenu incitatif aux producteurs ;
- éviter une flambée du coût d’approvisionnement pour les unités de transformation locales.
Soutenir la transformation locale : un arbitrage délicat
Si le prix est trop bas, les producteurs sont pénalisés.
S’il est trop élevé, les transformateurs locaux perdent en compétitivité face aux exportateurs de noix brutes.
Le maintien à 385 FCFA/kg traduit donc un arbitrage économique : préserver l’attractivité de la production tout en soutenant l’industrialisation progressive de la filière.
La transformation locale reste encore limitée par rapport au volume total produit. Or, chaque tonne transformée sur place génère davantage d’emplois, stimule l’investissement industriel et réduit la dépendance aux marchés extérieurs pour la simple exportation de matières premières.
Dans un contexte de recherche accrue de souveraineté économique, la filière anacarde devient un levier structurant.
Un enjeu budgétaire et macroéconomique
Au-delà de la filière, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de résilience économique. Le Burkina Faso, confronté à des défis sécuritaires majeurs, mise sur la consolidation de ses filières agricoles pour stabiliser les revenus ruraux et maintenir l’activité dans les zones productrices.
La stabilité des prix agricoles contribue également à contenir les tensions sociales et à soutenir la consommation intérieure, facteur clé de croissance dans un environnement contraint.
Vers une montée en gamme ?
Le défi à moyen terme ne sera pas seulement de maintenir un prix plancher, mais d’améliorer la productivité, la qualité et la capacité de transformation.
La compétitivité future de la filière dépendra de plusieurs facteurs :
- accès au financement pour les unités industrielles ;
- amélioration des infrastructures logistiques ;
- certification qualité pour accéder à des marchés à plus forte valeur ;
- structuration accrue des coopératives de producteurs.
Le maintien du prix à 385 FCFA/kg envoie un signal de stabilité. Mais la véritable bataille se jouera sur la capacité du pays à transformer davantage et mieux.
Une filière à la croisée des chemins
En consolidant le prix bord champ de la noix de cajou, le Burkina Faso ne se contente pas d’ajuster un paramètre agricole. Il pose un acte économique stratégique : sécuriser le monde rural tout en préparant une montée en gamme industrielle.
Dans une économie en quête de résilience et de diversification, l’anacarde pourrait bien devenir plus qu’une culture d’exportation. Elle pourrait s’imposer comme un levier structurant de transformation économique.
Et si la souveraineté industrielle commençait, tout simplement, par une noix ?
La Rédaction



