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Burkina Faso : 240 milliards FCFA misés sur la diaspora pour financer la relance.

Le Burkina Faso veut transformer l’attachement de ses ressortissants à l’étranger en levier économique. Les autorités ont officiellement présenté un instrument inédit : une obligation souveraine spéciale baptisée « Diaspora Bond », avec un objectif clair : mobiliser 240 milliards FCFA auprès des Burkinabè vivant hors du territoire.

L’annonce a été faite lors d’un webinaire officiel réunissant les représentations diplomatiques du pays, sous la conduite du ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré. La souscription est annoncée pour le 16 mars 2026, selon les informations communiquées par les autorités.

Au-delà du symbole, l’enjeu est stratégique : diversifier les sources de financement dans un contexte international plus exigeant et parfois contraint.


Diaspora Bond : un outil éprouvé ailleurs, encore rare en Afrique de l’Ouest

Le principe est simple : l’État émet des titres de dette spécifiquement destinés à sa diaspora. Les ressortissants investissent dans leur pays d’origine, perçoivent un rendement financier et participent au financement de projets structurants.

Dans le cas burkinabè, les fonds attendus doivent servir à financer :

  • des unités industrielles ;
  • des infrastructures routières ;
  • des projets à fort impact économique et social.

Ce mécanisme permet d’accéder à une épargne souvent importante, détenue à l’étranger, tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des marchés internationaux classiques ou des partenaires multilatéraux.


240 milliards FCFA : un objectif ambitieux mais stratégique

Lever 240 milliards FCFA représente un montant significatif à l’échelle de l’économie nationale. Si l’opération est intégralement souscrite, elle pourrait constituer l’une des plus importantes mobilisations financières patriotiques jamais engagées par le pays.

L’intérêt est double :

  1. Financier : obtenir des ressources potentiellement à des conditions plus favorables que sur les marchés internationaux traditionnels.
  2. Politique et symbolique : associer la diaspora à la reconstruction économique et au financement du développement.

Dans un environnement régional marqué par des tensions budgétaires et une hausse du coût de la dette souveraine, l’initiative traduit une volonté claire : renforcer la souveraineté financière par des mécanismes endogènes.


Un test de crédibilité et de confiance

Le succès du Diaspora Bond dépendra de plusieurs facteurs :

  • la confiance des investisseurs dans la gestion des fonds ;
  • la transparence sur l’affectation des ressources ;
  • la clarté des conditions de rendement et de remboursement.

La mobilisation des ambassades et consulats vise précisément à rassurer et à informer. Car au-delà de l’élan patriotique, un investisseur, même animé par l’attachement national, reste attentif aux garanties financières.


Avec ce Diaspora Bond, le Burkina Faso tente une évolution structurante de son modèle de financement. Le pays ne sollicite pas seulement des transferts de fonds ou des contributions ponctuelles : il propose un instrument financier formel, encadré, inscrit dans une logique d’investissement.

Si l’objectif de 240 milliards FCFA est atteint, l’impact pourrait être majeur : accélération des projets d’infrastructures, stimulation industrielle et signal fort envoyé aux partenaires économiques.

Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est plus profond : instaurer une relation économique mature entre l’État et sa diaspora. Transformer la solidarité en investissement productif. Faire du patriotisme une ligne budgétaire.

Dans un contexte où les ressources extérieures se négocient à un coût croissant, le Burkina Faso teste une vérité simple : la souveraineté économique commence parfois loin des marchés internationaux, dans la confiance que ses propres citoyens accordent à leur pays.

La Rédaction

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