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Afreximbank : Dégradée par Fitch, mais recommandée à l’achat par JPMorgan, le paradoxe qui secoue les marchés obligataires.

Dans un mouvement qui illustre la complexité des marchés financiers internationaux, la banque panafricaine Afreximbank se retrouve au cœur d’un contraste saisissant. D’un côté, l’agence de notation Fitch a abaissé sa note de crédit en 2025. De l’autre, la banque d’investissement américaine JPMorgan recommande désormais l’achat de certaines de ses obligations, estimant qu’elles offrent un rendement particulièrement attractif. Une situation qui révèle les mécanismes profonds de la finance mondiale et les perceptions divergentes du risque africain.


Une dégradation qui secoue la perception du risque

En juin 2025, Fitch a rétrogradé la note long terme d’Afreximbank de BBB à BBB- avec perspective négative, soit le dernier palier de la catégorie dite “investment grade”. Cette décision s’appuie notamment sur plusieurs préoccupations :

  • l’exposition importante de l’institution à des États africains en difficulté financière, dont certains en restructuration de dette ;
  • des interrogations sur la qualité des actifs et la gestion du risque ;
  • un différentiel notable entre l’estimation des prêts non performants par Fitch (7,1 %) et celle avancée par la banque (2,3 %).

L’agence a également souligné que la participation accrue d’Afreximbank à des restructurations de dettes souveraines pourrait, à terme, affaiblir son statut de créancier privilégié — un élément central de la solidité perçue des banques multilatérales.


Réplique ferme de la Banque panafricaine

Afreximbank a vivement contesté l’évaluation de Fitch, estimant que la méthodologie utilisée ne reflétait ni son mandat institutionnel ni son architecture juridique. En janvier 2026, l’institution est allée plus loin en annonçant mettre fin à sa relation de notation avec Fitch.

La banque insiste sur la solidité de ses fondamentaux, mettant en avant :

  • plus de 40 milliards de dollars d’actifs fin 2024 ;
  • environ 7,2 milliards de dollars de fonds propres ;
  • le soutien structurel de ses États actionnaires ;
  • des protections juridiques propres à son statut d’institution multilatérale.

Le pari de JPMorgan : acheter quand les prix chutent

Malgré ce contexte, JPMorgan a relevé sa recommandation sur certaines obligations Afreximbank (notamment échéances 2029 et 2031) à “overweight”, équivalent d’une recommandation d’achat.

L’argument est purement financier : après la dégradation de Fitch, les prix des obligations ont reculé, ce qui a mécaniquement augmenté leur rendement. Selon la banque américaine, ces titres offrent environ 75 points de base de rendement supplémentaire par rapport à des obligations comparables notées entre BB et BBB.

Autrement dit, pour JPMorgan, le marché a peut-être surréagi à la décision de Fitch, créant une opportunité d’investissement.


Comprendre le mécanisme : pourquoi une mauvaise note peut séduire

Pour un investisseur obligataire, la logique diffère de celle du grand public. Une dégradation :

  1. fait baisser le prix d’une obligation ;
  2. augmente son rendement ;
  3. attire les investisseurs prêts à accepter plus de risque.

Dans cette optique, la recommandation de JPMorgan ne signifie pas que la situation d’Afreximbank est exempte de risques. Elle signifie plutôt que le rapport rendement-risque est jugé favorable.


Au-delà d’Afreximbank : un débat sur la notation du risque africain

Cet épisode relance un débat récurrent sur l’évaluation du risque africain par les agences internationales. Plusieurs institutions et gouvernements du continent estiment que ces notations :

  • sous-évaluent les fondamentaux économiques réels ;
  • pénalisent les coûts d’emprunt ;
  • amplifient les sorties de capitaux.

Dans ce contexte, l’Union africaine soutient le projet de création d’une agence de notation panafricaine destinée à proposer une lecture alternative du risque souverain et institutionnel.


Lecture stratégique pour les investisseurs

Pour les marchés, le cas Afreximbank illustre une réalité essentielle : les notations ne sont qu’un indicateur parmi d’autres. Les investisseurs institutionnels s’appuient aussi sur :

  • l’analyse des flux financiers ;
  • la structure du bilan ;
  • les perspectives macroéconomiques ;
  • le positionnement géopolitique.

Lorsqu’un acteur majeur comme JPMorgan adopte une position favorable malgré une dégradation, cela envoie un signal fort : la perception du risque est loin d’être uniforme.


Le cas Afreximbank rappelle que la finance internationale n’est jamais binaire. Une note peut baisser pendant que l’intérêt des investisseurs monte. Entre prudence des agences et appétit du marché, la vérité financière se situe souvent dans cette zone grise où se décident les grandes stratégies d’investissement. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse un simple avis de notation : il s’agit de savoir qui raconte réellement son risque et donc qui fixe le prix de son avenir.

La Rédaction

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