Finance islamique : Après le coup d’éclat du Bénin, l’Afrique découvre un nouveau levier de financement.
Longtemps marginale, la finance islamique s’impose progressivement comme une alternative crédible sur les marchés africains. Le succès du premier sukuk international du Bénin marque un tournant et ouvre une nouvelle séquence pour les États du continent en quête de financements diversifiés.
Un succès béninois qui change la donne
En réussissant, début 2026, une émission de sukuk international de 500 millions de dollars, le Bénin a frappé un grand coup.
Au-delà du symbole, première opération souveraine africaine de cette ampleur sur les marchés islamiques internationaux, l’opération a surtout démontré une chose essentielle : la finance islamique peut fonctionner pour l’Afrique, à grande échelle.
L’émission, structurée conformément aux principes de la charia, a attiré des investisseurs issus du Moyen-Orient, d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. Le carnet d’ordres, largement sursouscrit, a confirmé l’appétit des marchés pour ce type d’instrument, dans un contexte mondial pourtant marqué par des conditions financières plus strictes.
Pour Cotonou, l’enjeu était clair : diversifier les sources de financement, réduire la dépendance aux obligations classiques et élargir la base d’investisseurs. Le pari est réussi.
Pourquoi les sukuks séduisent de plus en plus
Contrairement aux obligations conventionnelles, les sukuks reposent sur un principe simple : l’investissement est adossé à des actifs réels (infrastructures, équipements publics, projets énergétiques), et non à un prêt assorti d’intérêts.
Ce mécanisme offre plusieurs avantages pour les États africains :
- une diversification des investisseurs, notamment vers les fonds islamiques du Golfe et d’Asie ;
- une meilleure acceptabilité sociale dans des pays à forte population musulmane ;
- un instrument souvent perçu comme plus disciplinant, car lié à des projets identifiables.
Dans un contexte de pression sur la dette publique et de vigilance accrue des marchés, cet aspect devient un atout stratégique.
Un effet d’entraînement sur le continent
Le succès béninois n’est pas resté sans écho. Plusieurs pays africains ont, depuis, accéléré leurs réflexions autour de la finance islamique.
Le Nigeria, déjà actif sur les sukuks domestiques, envisage une première émission internationale.
Le Sénégal, pionnier en Afrique de l’Ouest sur les sukuks régionaux, explore de nouveaux formats pour élargir son accès aux marchés.
L’Algérie, de son côté, a renforcé son cadre juridique pour préparer de futures émissions souveraines.
Plus largement, la dynamique est continentale. En 2025, les émissions africaines de sukuks ont connu une progression spectaculaire, tirées notamment par l’Égypte et, désormais, par l’Afrique de l’Ouest. La finance islamique cesse peu à peu d’être une curiosité pour devenir un outil à part entière de politique financière.
Au-delà des États, un potentiel pour l’économie réelle
L’enjeu dépasse largement les seules émissions souveraines. Banques, PME et projets d’infrastructures pourraient, à terme, bénéficier de cet essor.
Des institutions financières internationales soutiennent déjà le développement de financements islamiques dédiés aux PME, perçus comme plus inclusifs et mieux adaptés à certaines économies locales. Pour les États, cela ouvre la perspective d’un écosystème financier plus diversifié, moins dépendant des circuits classiques.
Mais le chemin reste étroit. Le manque de cadres réglementaires harmonisés, la faible expertise locale et la complexité technique des sukuks constituent encore des freins réels.
Une opportunité stratégique à ne pas manquer
Le message envoyé par le Bénin est limpide : la finance islamique n’est plus un marché de niche pour l’Afrique. Elle devient un levier crédible pour financer infrastructures, énergie et développement, à condition d’en maîtriser les règles et d’en assumer la rigueur.
À l’heure où les États africains cherchent à financer leur croissance sans alourdir excessivement leur dette, les sukuks offrent une piste sérieuse. Reste à savoir qui saura, demain, transformer l’essai.
Car sur les marchés financiers, comme en diplomatie économique, les pionniers écrivent souvent les règles du jeu.
La Rédaction



