Au Niger, un expert de la BCEAO prend les rênes de l’économie, vers une gouvernance plus technique des finances publiques.
Dans un contexte économique où la crédibilité budgétaire et la confiance des partenaires internationaux sont au centre des préoccupations, le Niger a choisi de confier son portefeuille économique à un technocrate chevronné. Mamane Laouali Abdou Rafa, ancien cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), a été nommé ministre de l’Économie et des Finances par décret présidentiel le 26 janvier 2026. Cette décision marque une réorientation stratégique de la gouvernance économique du pays vers une expertise technique accrue.
Dans un pays confronté à des défis budgétaires, financiers et sociaux, la nomination d’un spécialiste de la macroéconomie et des finances publiques est perçue comme un signal fort adressé aux investisseurs, aux bailleurs de fonds et aux citoyens. Analystes et acteurs économiques y voient la volonté de renforcer la discipline économique et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.
Un remaniement attendu pour clarifier les responsabilités
Avant cette nomination, le portefeuille de l’Économie et des Finances était cumulé par le Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, une situation qui, selon plusieurs observateurs, limitait la précision de conduite des politiques économiques. En confiant ces fonctions à un spécialiste, le gouvernement cherche à séparer les tâches politiques de la gestion technique, ce qui est souvent recommandé dans les périodes de transition ou de réforme économique.
Le président de la transition, le général Abdourahamane Tiani, a promulgué ce décret en pleine concertation avec ses principaux conseillers économiques, soulignant la nécessité d’un leadership technique renforcé pour appuyer la croissance et la stabilité financière du pays.
Portrait d’un technicien de haut vol
Laouali Abdou Rafa n’arrive pas au ministère sans expérience. Il a occupé des fonctions de haut niveau à la BCEAO, où il a été directeur national pour le Niger, impliqué notamment dans les domaines de la politique monétaire, de la régulation bancaire et de la surveillance macroéconomique.
Au cours de sa carrière, il a également servi au ministère des Finances nigérien, où il a contribué à des opérations budgétaires complexes, à la gestion de la dette et à la mise en place de cadres de gouvernance améliorés pour les finances publiques. Cette double expertise dans les mécanismes régionaux de politique monétaire et les réalités nationales de la gestion budgétaire lui confère un profil rare et pertinent pour piloter l’économie du pays à un moment charnière.
Défis économiques et priorités d’un mandat technique
L’économie du Niger a montré une résilience remarquable au cours des dernières années, avec une croissance du PIB soutenue par des secteurs dynamiques comme l’énergie (pétrole), l’agriculture et les services. Selon les estimations publiées par des institutions internationales, le pays a connu une croissance notable en 2024, bien que des ajustements soient nécessaires pour stabiliser les finances publiques et diversifier l’économie.
Mais les défis restent nombreux :
- Mobilisation des recettes internes face à un contexte fiscal contraint ;
- Maîtrise et restructuration de la dette publique ;
- Rationalisation des dépenses publiques ;
- Renforcement de la confiance des partenaires internationaux (FMI, Banque mondiale, BAD) ;
- Promotion de politiques inclusives de croissance génératrices d’emplois.
Dans ce cadre, les attentes sont élevées : l’expertise technique de Mamane Laouali Abdou Rafa est censée permettre une gestion plus rigoureuse, davantage alignée avec les standards internationaux et les besoins d’une économie nigérienne en transition.
Un signal adressé aux partenaires internationaux
La nomination d’un expert de la BCEAO à la tête de l’économie et des finances du Niger a été saluée par plusieurs analystes comme un message politique clair : Niamey souhaite renforcer sa crédibilité face aux marchés et aux institutions financières internationales. Dans un environnement où l’accès aux financements externes dépend de la transparence et de la capacité de gestion macroéconomique, ce positionnement technique est perçu comme un atout par les bailleurs de fonds.
Au moment où plusieurs gouvernements de la région s’efforcent de revitaliser leurs économies après des chocs externes et internes, la nomination d’un cadre doté d’un solide background technique peut constituer une pierre d’assise pour des réformes économiques durables et des politiques budgétaires rigoureuses.
Le Mali a longtemps défini ses priorités économiques autour de discours politiques et d’orientations stratégiques générales. Le Niger, lui, franchit aujourd’hui une étape vers la professionnalisation de la gouvernance économique en confiant ses finances à un expert reconnu. La nomination de Mamane Laouali Abdou Rafa à la tête du ministère de l’Économie et des Finances incarne un choix réfléchi : placer la compétence technocratique au cœur de la conduite des affaires économiques. Dans un monde où la crédibilité économique se gagne sur les chiffres, les prévisions et les politiques concrètes, ce changement pourrait bien se révéler un atout pour stimuler la croissance, rassurer les investisseurs et renforcer la résilience du Niger face aux incertitudes mondiales.
La Rédaction



