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Le Sénégal muscle sa souveraineté agro-industrielle, avec une raffinerie d’huile de 600 tonnes par jour à Dakar.

Le Sénégal vient de franchir un cap stratégique dans son industrialisation agroalimentaire. Avec l’inauguration d’une raffinerie d’huiles alimentaires d’une capacité de 600 tonnes par jour, le pays affiche clairement son ambition : réduire sa dépendance aux importations, renforcer la transformation locale et sécuriser un produit de grande consommation au cœur du panier des ménages.

Installée à Sendou, dans le département de Rufisque, cette nouvelle unité industrielle s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition du tissu productif sénégalais, à un moment où la souveraineté alimentaire devient un enjeu économique et politique majeur en Afrique de l’Ouest.


Une infrastructure industrielle de nouvelle génération

La raffinerie, exploitée par Mavamar Industries SA, affiche une capacité de traitement de 600 tonnes d’huile par jour, soit près de 180 000 tonnes par an. Elle figure désormais parmi les plus importantes unités de raffinage d’huiles végétales de la sous-région, avec des installations répondant aux standards industriels internationaux.

Le projet représente un investissement privé estimé à plus de 60 milliards de FCFA, mobilisé par le groupe SENEGINDIA SA. Implantée sur un site stratégique à proximité du port, l’usine bénéficie d’un accès logistique optimisé, facilitant l’approvisionnement en matières premières et la distribution des produits finis sur le marché national et régional.


Réduire la facture des importations et sécuriser l’approvisionnement

Jusqu’ici, le Sénégal dépendait largement des importations d’huiles raffinées, exposant le marché local aux volatilités des prix internationaux et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. En produisant localement, cette raffinerie vise à substituer une part significative des importations, tout en stabilisant l’offre.

L’unité est conçue pour traiter plusieurs types d’huiles végétales, avec une montée en puissance progressive de la transformation de graines locales, notamment l’arachide, pilier historique de l’agriculture sénégalaise. À terme, l’objectif est clair : mieux capter la valeur ajoutée sur place, plutôt que de l’exporter sous forme brute.


Un levier d’emplois et de structuration industrielle

Au-delà des volumes produits, l’impact économique est tangible. Le projet devrait générer plus de 450 emplois directs et environ 200 emplois indirects, dans un contexte où la création d’emplois industriels demeure un défi majeur.

La raffinerie s’insère également dans un projet plus vaste de développement d’une zone industrielle à Sendou, appelée à accueillir d’autres activités agro-industrielles et logistiques. Cette logique de cluster industriel vise à renforcer les synergies entre entreprises et à consolider l’ancrage industriel de la région de Dakar.


Une industrialisation alignée sur les enjeux énergétiques

Autre élément notable : l’usine intègre une centrale solaire destinée à couvrir une partie de ses besoins énergétiques. Une orientation qui répond à un double impératif : maîtriser les coûts de production et réduire l’empreinte environnementale dans un contexte de pression croissante sur les systèmes énergétiques nationaux.

Cette approche illustre une tendance émergente en Afrique de l’Ouest : industrialiser sans reproduire les schémas énergivores du passé, en intégrant dès la conception des solutions hybrides.


Un signal fort envoyé au secteur privé

Pour les autorités sénégalaises, cette inauguration dépasse le simple cadre d’un projet industriel. Elle traduit la volonté de faire du secteur privé un moteur central de la transformation économique, dans un environnement où l’État se positionne comme facilitateur et régulateur.

Le message est limpide : les investissements productifs à forte valeur ajoutée locale sont désormais une priorité, en particulier dans les filières agroalimentaires stratégiques.


Avec cette raffinerie de 600 tonnes par jour, le Sénégal ne se contente pas d’ajouter une usine à son paysage industriel. Il corrige une vulnérabilité structurelle, celle d’un produit essentiel longtemps dépendant de l’extérieur. Le véritable défi, désormais, sera d’assurer une intégration durable avec l’amont agricole, afin que la transformation locale rime aussi avec création de richesse pour les producteurs. À Sendou, le pari est lancé : produire plus, transformer mieux et importer moins. Une équation simple, mais décisive pour l’avenir économique du pays.

La Rédaction

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