Mali : L’État s’empare de la production d’explosifs civils pour renforcer sa souveraineté minière.
Dans une décision stratégique qui pourrait redessiner la chaîne de valeur du secteur minier, le gouvernement malien a acté son entrée majoritaire au capital d’une société dédiée à la production d’explosifs à usage civil. Cette initiative, intégrée aux réformes du secteur minier engagées depuis l’adoption du nouveau Code minier en 2023, vise à renforcer la sécurité des approvisionnements et à capturer davantage de valeur ajoutée au profit de l’économie nationale.
Au cœur de cette démarche : FARATCHI‑CO‑SA, une société conjointe créée avec un partenaire technologique étranger, dans laquelle l’État détient désormais la majorité des parts. Ce changement ouvre une nouvelle page dans l’industrialisation de certains maillons sensibles du secteur extractif au Mali.
Une décision inscrite dans une réforme législative ambitieuse
En août 2023, le Mali a adopté un nouveau Code minier profondément remanié, qui a étendu les droits de l’État et des investissements locaux dans les projets liés aux ressources naturelles. Ce texte a offert à Bamako la possibilité d’intervenir plus activement dans les segments jugés stratégiques, au‑delà de la simple extraction de minerais.
C’est dans ce cadre que le Conseil des ministres a validé l’entrée majoritaire de l’État malien au capital de FARATCHI‑CO‑SA, une entreprise dédiée à la fabrication d’explosifs civils, un intrant essentiel utilisé notamment dans les opérations d’exploitation minière.
L’accord signé prévoit que l’État détienne 51 % des parts, tandis que le partenaire technologique la société chinoise Auxin Chemical Technology conserve les 49 % restants, apportant financements et expertise technique.
Pourquoi produire localement des explosifs civils ?
Traditionnellement, le Mali dépendait presque entièrement des importations d’explosifs civils, nécessaires pour les opérations d’extraction dans les mines d’or, de phosphate et d’autres matériaux. Cette dépendance exposait le pays à des risques d’approvisionnement, à des hausses de coûts et à des délais logistiques pouvant freiner l’activité économique.
Produire ces intrants sur le sol malien présente plusieurs avantages :
- Sécurisation des approvisionnements : réduire la vulnérabilité face aux interruptions de chaînes logistiques internationales.
- Maîtrise des coûts : diminuer les dépenses d’importation en favorisant la production locale.
- Renforcement du contrôle réglementaire et sécuritaire : limiter les risques liés à la manipulation et à la détention de matières sensibles en établissant un cadre industriel contrôlé localement.
- Création de compétences et d’emplois : encourager le développement d’expertises techniques dans un segment industriel jusque‑là inexistant au Mali.
Cette décision s’inscrit donc dans une logique de souveraineté industrielle et stratégique, visant à capter davantage de valeur au sein du territoire national.
FARATCHI‑CO‑SA : un vecteur d’autonomie industrielle
La société FARATCHI‑CO‑SA a été créée pour industrialiser la production d’explosifs civils adaptés aux standards techniques requis par le secteur minier. La production locale devrait permettre de réduire les coûts unitaires d’approvisionnement, tout en alignant l’offre avec les besoins spécifiques des opérateurs miniers maliens.
L’installation et la montée en capacité industrielle sont également perçues comme des catalyseurs pour d’autres segments connexes, notamment ceux de la chimie industrielle locale, de l’approvisionnement en intrants miniers et des services de maintenance spécialisés associés.
Un symbole fort d’une politique de transformation du secteur minier
L’entrée majoritaire de l’État au capital d’une entreprise de production d’explosifs civils constitue une première du genre dans la sous‑région. Plus qu’un simple investissement industriel, cette décision est symbolique : elle illustre l’ambition de Bamako de capturer davantage de maillons de la chaîne productive, au‑delà de l’extraction minérale brute.
Pour les autorités, il s’agit d’aller vers une meilleure intégration verticale du secteur, avec des retombées potentielles plus larges sur l’emploi, la formation professionnelle et la création d’écosystèmes industriels complémentaires.
Défis et perspectives
Si le projet a une portée stratégique importante, son exécution ne va pas sans défis :
- La mise en conformité des installations aux normes internationales de sécurité et environnementales sera cruciale.
- La formation de personnel qualifié dans un secteur très technique nécessite des programmes de développement des compétences locaux.
- L’intégration de la production dans une chaîne d’approvisionnement régionale plus large pourrait exiger des accords commerciaux et logistiques supplémentaires.
Ces défis, toutefois, sont contrebalancés par le potentiel d’effets multiplicateurs économiques générés par une plus grande autonomie industrielle.
En décidant d’entrer majoritairement au capital d’une société de production d’explosifs civils, le Mali franchit un cap audacieux dans sa politique minière. Cette décision, ancrée dans les réformes du nouveau Code minier, traduit une ambition claire : ne plus être spectateur de sa propre industrie extractive, mais en devenir l’artisan principal. Elle pose les jalons d’une souveraineté industrielle plus affirmée, et invite à repenser la manière dont les pays riches en ressources naturelles peuvent capturer localement une part plus substantielle de la valeur créée. Si l’exécution sera déterminante, l’intention ouvre la voie à une nouvelle ère de compétences, d’emplois et de capacités techniques locales.
La Rédaction


