Dette publique : Les États de l’UEMOA visent 12 700 milliards FCFA sur les marchés en 2026.
Après une année 2025 déjà record, les États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) comptent accélérer encore leur recours au marché régional des titres publics. Objectif affiché pour 2026 : lever 12 700 milliards de FCFA. Une ambition à la hauteur des besoins budgétaires, mais qui pose aussi la question de la soutenabilité de la dette.
Un cap financier clairement assumé
Les chiffres donnent le ton. En 2026, les huit États membres de l’UEMOA – Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo – projettent de mobiliser 12 700 milliards de FCFA sur le marché régional de la dette publique.
Cette orientation a été confirmée lors des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP), organisées à Lomé fin janvier 2026, sous l’égide d’UMOA-Titres, l’institution en charge de la structuration et de la promotion des émissions de bons et obligations du Trésor dans l’Union.
L’objectif est clair : financer les budgets nationaux dans un contexte de pressions multiples sur les finances publiques, tout en consolidant le rôle du marché financier régional comme pilier de financement des États.
2025, une année déjà exceptionnelle
Cette ambition s’inscrit dans la continuité d’une dynamique déjà soutenue.
En 2025, les États de l’UEMOA ont levé 11 858 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics, un niveau historiquement élevé.
À fin 2025, l’encours global de la dette publique négociée sur ce marché atteignait 21 629 milliards de FCFA, confirmant le poids croissant des financements domestiques dans la structure de la dette publique des pays de l’Union.
Pour les États, le message est sans ambiguïté : le marché régional n’est plus une solution d’appoint, mais un outil central de financement.
Pourquoi les États misent autant sur le marché régional
Plusieurs facteurs expliquent cette montée en puissance :
- Accès plus contraint aux marchés internationaux, marqué par des taux élevés et une aversion accrue au risque sur les pays émergents et africains ;
- Besoins budgétaires structurels, liés au financement des infrastructures, de la sécurité, de l’énergie, de la santé ou encore de l’éducation ;
- Prévisibilité et flexibilité du marché régional, qui permet des émissions régulières, adaptées aux besoins de trésorerie des États.
Dans ce contexte, les bons et obligations du Trésor émis via UMOA-Titres apparaissent comme une source de financement plus accessible et mieux maîtrisée.
Un marché robuste, mais sous pression
Si le marché des titres publics de l’UEMOA a gagné en profondeur et en crédibilité, l’augmentation continue des volumes d’émissions n’est pas sans conséquence.
La multiplication des levées exerce une pression haussière sur les taux d’intérêt, tandis que la liquidité repose encore largement sur les banques et investisseurs institutionnels régionaux.
Les autorités monétaires et financières, à commencer par la BCEAO, plaident désormais pour :
- un élargissement de la base d’investisseurs,
- une diversification des instruments financiers,
- et une meilleure articulation entre politiques budgétaires et stabilité macroéconomique.
L’enjeu est de taille : financer les États sans fragiliser l’équilibre financier de l’Union.
Un signal fort sur l’état des finances publiques
Au-delà du chiffre, l’objectif de 12 700 milliards de FCFA en 2026 révèle une réalité plus large : les États de l’UEMOA restent confrontés à des besoins de financement élevés, dans un environnement économique encore marqué par les chocs sécuritaires, climatiques et sociaux.
Le marché régional joue ainsi un rôle d’amortisseur, mais il ne peut être durablement sollicité sans une gestion prudente de la dette et une amélioration progressive de la mobilisation des ressources internes.
En visant 12 700 milliards de FCFA de levées en 2026, les États de l’UEMOA confirment leur confiance dans le marché régional de la dette publique, devenu un pilier stratégique du financement budgétaire. Mais cette montée en puissance pose une équation délicate : comment continuer à emprunter pour investir, sans transformer la dette en contrainte structurelle ? En 2026, plus que jamais, la crédibilité budgétaire se jouera autant sur la capacité à lever des fonds que sur celle à en faire un levier durable de croissance.
La Rédaction



