Afreximbank rompt avec Fitch Ratings : Quand la finance africaine prend son autonomie.
Dans un geste rarissime mais hautement symbolique, la Banque africaine d’import‑export (Afreximbank) a annoncé vendredi la rupture de sa collaboration avec Fitch Ratings, l’une des principales agences internationales de notation financière. La décision intervient après plusieurs mois de tensions liées à une dégradation controversée de sa note et illustre une remise en question plus large de la manière dont les agences de notation évaluent les institutions africaines.
Une notation contestée à l’origine de la rupture
En juin 2025, Fitch Ratings avait abaissé la note de crédit à long terme d’Afreximbank à « BBB‑ », plaçant la banque juste au-dessus du niveau qualifié de « spéculatif ». L’agence justifiait sa décision par des risques de crédit perçus et une exposition à certains prêts souverains jugés sensibles.
Pour Afreximbank, cette décision était mal fondée, car elle ne tenait pas compte de la protection juridique de ses prêts garantis par ses États actionnaires, ni de son mandat de banque multilatérale de développement du continent. La banque considère que les notations de Fitch ne reflétaient pas sa situation financière réelle ni sa solidité institutionnelle.
Un désaccord de méthodologie ou de vision ?
Le différend dépasse la simple note de crédit. Il soulève une question récurrente : les standards internationaux de notation appliqués aux banques africaines sont-ils adaptés à leurs réalités institutionnelles et juridiques ?
Pour Fitch, l’évaluation des risques s’appuie sur des modèles standardisés, adaptés aux banques classiques ou multilatérales occidentales. Pour Afreximbank, dont les prêts sont couverts par des traités intergouvernementaux, ces modèles sont inappropriés et générateurs de distorsions dans la perception du risque.
Conséquences pour la banque et les investisseurs
Malgré la rupture avec Fitch :
- Afreximbank reste solidement capitalisée et bénéficie du soutien juridique et financier de ses 53 États actionnaires.
- D’autres agences continuent de fournir des notations, notamment Moody’s, JCR (Japan Credit Rating Agency) et CCXI (China Chengxin International), offrant aux investisseurs des repères fiables.
- À moyen terme, certains investisseurs occidentaux habitués à Fitch pourraient revoir leurs allocations, mais la banque reste en bonne position pour lever des fonds sur les marchés obligataires africains et asiatiques.
Cette rupture s’inscrit aussi dans un mouvement plus large d’autonomie africaine vis-à-vis des standards financiers internationaux, avec un questionnement sur la représentativité et la pertinence des notations pour les institutions africaines.
Une illustration du dilemme africain
La décision d’Afreximbank met en lumière un dilemme récurrent pour les institutions financières africaines : comment concilier l’accès aux marchés internationaux où la notation joue un rôle clé avec la protection de leur spécificité juridique et institutionnelle ?
Pour beaucoup, ce geste n’est pas une rupture mais une prise de position stratégique, visant à encourager la création d’outils de notation plus adaptés aux réalités africaines, capables de mieux valoriser les performances et la solidité des banques multilatérales.
En quittant Fitch, Afreximbank ne se contente pas de contester une notation : elle pose la question du pouvoir des agences de notation internationales et de leur influence sur la perception de la finance africaine. Cette rupture pourrait marquer un tournant pour le continent : repenser l’évaluation des institutions financières africaines selon leurs propres standards et mandats, plutôt qu’uniquement à travers le prisme des modèles occidentaux. Un signal fort pour l’avenir de la finance africaine, où souveraineté et crédibilité doivent désormais aller de pair.
La Rédaction

