UEMOA : La dette publique frôle les 99 000 milliards FCFA, un cap symbolique à l’épreuve de la soutenabilité.
À fin septembre 2025, l’endettement public cumulé des États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) approche les 99 000 milliards FCFA. Un chiffre massif, révélateur d’un modèle de financement sous tension, mais aussi d’économies en quête de transformation structurelle.
Un encours régional en forte expansion
À la clôture du troisième trimestre 2025, la dette publique totale des huit pays membres de l’UEMOA atteint près de 99 000 milliards FCFA, selon les données consolidées issues des administrations publiques nationales et compilées à l’échelle régionale.
Ce stock englobe l’ensemble des engagements financiers des États :
- la dette intérieure, essentiellement levée sur le marché régional via UMOA-Titres ;
- la dette extérieure, contractée auprès de partenaires bilatéraux, multilatéraux et sur les marchés internationaux.
En moins d’une décennie, l’encours régional a quasiment doublé, traduisant une accélération du recours à l’emprunt comme principal levier de financement des politiques publiques.
Pourquoi les États s’endettent davantage
Derrière ce chiffre impressionnant, plusieurs moteurs structurels se dégagent.
D’abord, les besoins d’investissement restent considérables. Infrastructures routières, énergie, eau, santé, éducation : la transformation économique de l’espace UEMOA exige des financements lourds et immédiats.
Ensuite, les pressions budgétaires persistantes liées aux chocs successifs (pandémie, tensions sécuritaires, inflation importée) ont creusé les déficits publics, forçant les États à compenser par l’endettement.
Enfin, le marché financier régional, devenu plus profond et plus liquide, a facilité l’accès au financement, parfois à un coût plus élevé, mais avec une rapidité appréciée des Trésors nationaux.
Des trajectoires nationales contrastées
Si le chiffre de 99 000 milliards FCFA est régional, il masque de fortes disparités entre États.
La Côte d’Ivoire, première économie de l’Union, concentre une part significative de l’encours, avec une dette publique dépassant 34 000 milliards FCFA à fin septembre 2025, soit près de 60 % du PIB.
D’autres pays, comme le Sénégal ou le Bénin, affichent des niveaux plus modérés mais en progression continue, portés par une stratégie assumée de financement de la croissance par l’investissement public.
Globalement, la majorité des États restent au-dessus ou proches du seuil de convergence communautaire de 70 % du PIB, ce qui alimente les débats sur la soutenabilité à moyen terme.
Dette soutenable ou bombe à retardement ?
À ce stade, les institutions régionales et les partenaires financiers évitent le mot « crise ». La dette de l’UEMOA reste majoritairement libellée en monnaie locale, ce qui limite les risques de change, et bénéficie encore de maturités relativement longues.
Mais les signaux de vigilance se multiplient :
- hausse des charges d’intérêts, qui grignotent les marges budgétaires ;
- refinancement fréquent des titres arrivant à échéance ;
- sensibilité accrue aux conditions financières, dans un contexte de taux durablement plus élevés.
Autrement dit, la dette n’est pas encore un frein, mais elle devient un paramètre central de la politique économique.
Le défi des prochaines années
Pour l’UEMOA, l’enjeu n’est plus seulement de mobiliser des ressources, mais de mieux les utiliser. La question clé est désormais celle du rendement économique et social de la dette.
Chaque franc emprunté devra démontrer sa capacité à générer de la croissance, élargir l’assiette fiscale et renforcer la résilience des économies.
À près de 99 000 milliards FCFA, la dette publique régionale n’est ni une fatalité ni une solution miracle. Elle est un pari. Un pari coûteux, mais encore maîtrisable à condition que l’investissement l’emporte sur la facilité, et la discipline sur l’urgence.
Car en matière de dette, le vrai risque n’est pas d’emprunter trop, mais d’emprunter sans transformer.
La Rédaction

