La transition verte est désormais financée à hauteur de près d’un dollar sur deux par la BAD en Afrique.
Pendant longtemps, la Banque africaine de développement (BAD) a été associée aux grands projets d’infrastructures classiques : routes, barrages, ports et réseaux électriques. Aujourd’hui, la donne a changé. La transition verte est devenue un pilier central de son action.
En 2024, près de 50 % des financements approuvés par la BAD étaient consacrés à des projets liés au climat, marquant un tournant stratégique majeur pour la première institution financière du continent.
Ce virage traduit une conviction désormais assumée : le développement économique de l’Afrique ne peut plus être dissocié de la lutte contre le changement climatique.
Une réorientation massive des financements
Selon les données officielles de la BAD, 5,5 milliards de dollars de financements climatiques ont été approuvés en 2024, représentant environ 49 % du total des engagements annuels.
Ces financements couvrent aussi bien des projets d’adaptation (résilience agricole, gestion de l’eau, infrastructures climato-résilientes) que de transition énergétique (solaire, éolien, hydroélectricité, efficacité énergétique) .
Ce niveau est sans précédent dans l’histoire de l’institution. En moins d’une décennie, la part des projets intégrant des critères climatiques est passée d’un statut marginal à un quasi-standard dans les opérations de la Banque.
Du discours à la norme : le climat devient incontournable
La transformation est structurelle. En 2016, environ 77 % des projets de la BAD intégraient une dimension climatique. En 2024, ce chiffre atteint près de 98 %, avec un objectif affiché de 100 % dès 2025 pour les nouvelles stratégies pays et régionales.
Concrètement, cela signifie qu’aucun projet majeur n’est désormais validé sans évaluation de son impact climatique, qu’il s’agisse d’atténuation des émissions ou d’adaptation aux chocs environnementaux.
25 milliards de dollars pour le climat : une cible presque atteinte
La BAD s’était engagée à mobiliser 25 milliards de dollars de financements climatiques sur la période 2020-2025.
À fin 2024, 19,5 milliards de dollars avaient déjà été engagés, soit près de 80 % de l’objectif, à un an de l’échéance.
Fait notable : près de 80 % de ces ressources proviennent des fonds propres de la Banque, le reste étant mobilisé auprès de partenaires comme le Fonds vert pour le climat ou d’autres mécanismes multilatéraux. Cette autonomie financière renforce la crédibilité de la BAD comme acteur central de la finance climatique en Afrique.
Pourquoi ce virage est crucial pour l’Afrique
L’Afrique ne représente qu’une faible part des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais elle figure parmi les régions les plus exposées aux chocs climatiques : sécheresses, inondations, insécurité alimentaire, pressions sur les finances publiques.
Dans le même temps, les besoins de financement pour la transition énergétique du continent sont colossaux. Selon les estimations reprises par la BAD, l’Afrique doit mobiliser plusieurs centaines de milliards de dollars par an pour atteindre ses objectifs climatiques et de développement durable, alors qu’elle capte encore une part marginale des flux mondiaux de finance verte.
Dans ce contexte, le choix de la BAD d’orienter près d’un dollar sur deux vers la transition verte apparaît comme un levier stratégique, mais aussi comme un signal envoyé aux investisseurs privés.
Un effet d’entraînement attendu sur les marchés
Au-delà des montants engagés, la stratégie de la BAD vise un effet de levier : attirer les capitaux privés vers des projets verts bancables en Afrique.
En sécurisant les projets, en réduisant les risques et en structurant des cadres réglementaires adaptés, la Banque entend transformer la transition verte en opportunité économique, et non en contrainte budgétaire.
Ce positionnement est particulièrement scruté par les marchés, à l’heure où la finance durable devient un critère clé d’allocation des capitaux à l’échelle mondiale.
Lorsque près d’un dollar sur deux engagé par la Banque africaine de développement alimente désormais la transition verte, ce n’est plus un simple ajustement stratégique : c’est un changement de paradigme.
Pour l’Afrique, le message est clair : la croissance future ne se jouera pas contre le climat, mais avec lui. Reste désormais à transformer cet effort financier en résultats concrets sur le terrain : emplois, énergie propre et résilience afin que la transition verte devienne, enfin, un moteur durable de développement.
La Rédaction

