AGOA renaît : Les États-Unis franchissent une étape majeure vers la prolongation de l’accord commercial avec l’Afrique.
Après plusieurs mois d’incertitudes économiques, le Congrès des États-Unis a accompli une avancée significative vers la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un accord commercial historique entre Washington et les pays d’Afrique subsaharienne. Le 12 janvier 2026, la Chambre des représentants américaine a voté massivement en faveur de l’AGOA Extension Act (H.R. 6500), une loi visant à renouveler le dispositif pour trois années supplémentaires, jusqu’au 31 décembre 2028.
Cette étape législative constitue un signal fort pour les économies africaines exportatrices, qui avaient vu l’accord expirer au 30 septembre 2025 après plus de 25 ans d’application.
AGOA, un pilier des relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique
Créée en 2000, l’AGOA est un programme de préférences commerciales qui permet aux pays d’Afrique subsaharienne d’exporter vers les États-Unis des milliers de produits en franchise de droits de douane. Ce mécanisme a favorisé la diversification des exportations africaines, stimulé la croissance industrielle et soutenu des centaines de milliers d’emplois dans des secteurs comme le textile, l’agroalimentaire ou la lumière industrielle.
Depuis son adoption, 32 pays d’Afrique subsaharienne ont été éligibles au dispositif, bénéficiant d’un accès tarifaire préférentiel qui a renforcé les chaînes de valeur régionales et accru les flux commerciaux entre les deux continents.
La Chambre des représentants dit “oui” à une extension jusqu’en 2028
Lors de la séance du 12 janvier 2026, la Chambre des représentants a voté en faveur du H.R. 6500, l’AGOA Extension Act, avec une majorité écrasante 340 voix pour contre 54 contre. Ce soutien bipartisan dépasse les clivages politiques habituels et envoie un signal politique clair sur l’importance stratégique du programme.
Le texte adopté prévoit non seulement la prolongation du traitement préférentiel duty-free jusqu’au 31 décembre 2028, mais aussi des mesures techniques importantes comme l’extension de certains programmes annexes (notamment pour le secteur textile et les tissus tiers autorisés), ainsi qu’une application rétroactive du statut préférentiel à certains produits importés après l’expiration d’AGOA en 2025.
Un soulagement pour les exportateurs africains
La réaction des pays africains ne s’est pas fait attendre. Dans plusieurs capitales, cette étape est perçue comme un soulagement économique majeur après les inquiétudes liées à la fin de l’accord fin 2025.
Au Kenya, une économie fortement dépendante des exportations textiles et d’habillement vers les États-Unis, le vote est vu comme une bouffée d’air pour des milliers d’emplois dans les zones franches qui auraient été menacés sans la prolongation d’AGOA.
En Afrique du Sud, le Ministre du Commerce a également salué la décision, soulignant que la prolongation d’AGOA offrira une plus grande certitude aux entreprises et aux investisseurs, renforçant les relations commerciales entre Pretoria et Washington.
Ce qui reste à faire : le Sénat et l’approbation finale
Malgré cette avancée significative à la Chambre des représentants, le processus législatif n’est pas encore terminé. Le texte doit encore être adopté par le Sénat américain, puis signé par le Président des États-Unis pour entrer en vigueur.
La Commission de l’Union africaine a d’ailleurs appelé à une adoption rapide du projet, qualifiant l’AGOA de “pierre angulaire des relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique” et soulignant son rôle dans la croissance inclusive et la création d’emplois sur le continent.
Un point de (re)départ pour un AGOA modernisé ?
Au-delà de la simple prolongation, cette étape législative pourrait ouvrir la porte à une réinvention de l’AGOA. À l’heure où les chaînes de valeur mondiales se diversifient et où la concurrence commerciale s’intensifie notamment avec l’influence croissante de partenaires comme la Chine, certains responsables politiques et analystes envisagent une version plus adaptée aux réalités économiques africaines et à ses besoins de transformation structurelle.
Une AGOA renouvelée pourrait notamment renforcer les liens avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et encourager des intégrations régionales plus profondes, tout en offrant un cadre plus stable et attractif pour les investissements étrangers directs.
La Chambre des représentants a donné un nouveau souffle à AGOA, mais l’histoire n’est pas encore écrite : pour que cette relance devienne réalité, le Sénat et la Maison-Blanche doivent aussi jouer leur partition. Si la symphonie se complète, c’est une portée de certitudes qui s’ouvrira pour des économies africaines en quête de marchés, de croissance et de chaînes de valeur intégrées.
La Rédaction



