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UEMOA : Le coût du crédit bancaire recule à 6,67 % en août, 47 points de base de moins sur un an.

Le crédit bancaire devient un peu moins cher dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon les dernières statistiques publiées par la BCEAO, le taux débiteur moyen, hors charges et taxes, s’est établi à 6,67 % en août 2025, contre 7,14 % un an plus tôt, soit une baisse de 47 points de base en glissement annuel.

D’un mois à l’autre, le mouvement est plus discret : le coût moyen du crédit était de 6,68 % en juillet 2025, ce qui traduit une diminution marginale de 1 point de base. Mais en tendance, l’indicateur confirme un reflux progressif après le pic de 2024, quand la remontée des taux et des tensions inflationnistes avaient renchéri l’accès au financement.


Après le pic de 2024, une courbe qui s’inverse doucement

Pour comprendre la portée de ces 6,67 %, il faut remonter la chronologie récente.

  • En 2022, la BCEAO relevait un taux débiteur moyen de 6,48 % dans l’Union, déjà en hausse de 22 points de base par rapport à 2021, après une baisse de 32 pdb l’année précédente.
  • En 2024, les rapports sur les conditions de banque signalaient un coût moyen flirtant avec 6,76 %, dans un contexte de durcissement monétaire pour contenir l’inflation.

Le niveau atteint en août 2025 (6,67 %) reste donc élevé pour des économies en quête de financement de long terme, mais il marque clairement :

  • la fin de la phase de hausse continue,
  • et le début d’une période où le coût du crédit accompagne, avec retard, le début d’assouplissement de la politique monétaire.

En juin 2025, la BCEAO a en effet abaissé son principal taux directeur de 25 points de base, ramenant le taux minimum de soumission des appels d’offres de 3,50 % à 3,25 %, avec l’objectif assumé de soutenir la reprise tout en gardant un œil sur les prix.


Une tendance baissière globale, mais des réalités nationales contrastées

Derrière la moyenne régionale, les chiffres de la BCEAO dessinent une géographie contrastée du coût du crédit dans l’UEMOA. Pour le mois d’août 2025, la note de conjoncture économique indique que :

  • le taux débiteur moyen recule légèrement dans plusieurs économies :
    • Côte d’Ivoire : 6,22 % (6,24 % en juillet),
    • Sénégal : 5,80 % (5,81 %),
    • Bénin : 7,60 % (7,61 %),
    • Burkina Faso : 7,54 % (7,55 %).
  • il progresse, au contraire, dans d’autres :
    • Mali : 7,48 % (7,45 %),
    • Niger : 8,91 % (8,87 %),
    • Guinée-Bissau : 9,55 % (9,51 %).

En résumé :

  • la moyenne union s’oriente à la baisse,
  • mais certains pays restent dans la zone rouge des taux élevés, au-dessus de 8 à 9 %, là où le financement de l’investissement productif devient nettement plus difficile.

Ces écarts reflètent :

  • des profils de risque pays différents,
  • des structures bancaires plus ou moins concentrées,
  • et des niveaux de concurrence variables entre établissements.

La politique monétaire commence à se transmettre… lentement

Le recul de 47 points de base sur un an ne doit rien au hasard. Il traduit la transmission progressive des décisions de la BCEAO vers l’économie réelle.

Après une séquence de resserrement pour lutter contre l’inflation, la Banque centrale a :

  • amorcé un assouplissement gradué en réduisant son taux directeur en juin 2025,
  • laissé les taux du marché monétaire refluer,
  • incité les banques à ajuster leurs conditions de crédit pour soutenir l’investissement et la consommation.

Cette transmission n’est jamais instantanée :

  • les banques doivent composer avec le coût de leurs ressources,
  • le niveau des créances douteuses,
  • et une perception du risque qui reste élevée dans plusieurs segments (PME, agriculture, très petites entreprises).

Résultat :

Le prix de l’argent baisse, mais à petits pas, et pas de manière uniforme dans toute l’Union.


Des taux encore élevés pour les économies qui veulent accélérer

À 6,67 % en moyenne, le crédit bancaire reste onéreux pour des économies qui ont besoin d’investissements massifs dans les infrastructures, l’industrie, l’agriculture ou l’énergie.

Pour de nombreuses PME, accéder à un prêt à près de 7 % – parfois plus de 9 % selon le pays – reste un frein sérieux :

  • à la formalisation,
  • à la montée en gamme,
  • et à la capacité d’exportation.

La baisse observée en août 2025 est un signal positif, mais elle ne change pas encore la donne structurelle. La vraie question, pour les années à venir, sera de savoir si :

  • la détente monétaire peut se poursuivre sans relancer l’inflation,
  • la concurrence bancaire peut s’intensifier,
  • et si de nouveaux instruments (fonds de garantie, lignes concessionnelles, marchés de capitaux) peuvent complémenter le crédit classique pour offrir des solutions de financement plus abordables.

Une équation à trois inconnues : inflation, croissance, coût du risque

Pour l’UEMOA, l’enjeu est d’équilibrer une équation complexe :

  • soutenir la croissance en facilitant l’accès au crédit,
  • maintenir l’inflation dans la cible,
  • et préserver la solidité du système bancaire, déjà confronté à des poches de créances fragiles.

La baisse de 47 points de base en un an montre que la pression sur le prix de l’argent commence à se desserrer. Reste à savoir si la trajectoire se confirmera, et si cette détente se traduira effectivement par plus de projets financés dans l’économie réelle.

Pour l’instant, l’histoire que racontent les chiffres de la BCEAO est celle d’une normalisation progressive, pas encore d’un crédit bon marché. Mais dans une région où quelques dixièmes de point peuvent faire la différence sur la viabilité d’un projet, ce mouvement n’est pas anodin.

La Rédaction

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