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UEMOA / BRVM : Les transactions boursières désormais réglées en J+2, un pas de plus vers les standards internationaux.

Le marché financier régional de l’UEMOA franchit une nouvelle étape dans sa modernisation. À compter du 4 décembre 2025, toutes les transactions boursières sur la BRVM et le marché obligataire régional seront réglées et livrées en J+2, soit deux jours ouvrés après la date de transaction, contre J+3 jusqu’ici. La décision, actée par le Conseil d’administration du Dépositaire Central / Banque de Règlement (DC/BR UMOA) le 21 octobre 2025, s’accompagne d’une refonte des textes d’instruction et d’un calendrier de transition serré.

Derrière ce qui peut sembler un simple ajustement technique, il s’agit d’un signal fort : la place financière régionale se rapproche un peu plus des standards internationaux, à l’heure où la plupart des grandes bourses mondiales fonctionnent déjà sur un cycle T+2, voire envisagent le T+1.


De J+7 à J+2 : vingt ans de modernisation continue

Pour mesurer la portée de cette réforme, il faut remonter au début de l’aventure boursière régionale.

À la création de la BRVM, dans un contexte de systèmes de paiement encore peu intégrés, le règlement-livraison des titres s’effectuait en J+7. Il fallait donc attendre une semaine ouvrée entre l’exécution d’un ordre de Bourse et le dénouement effectif des flux financiers et des transferts de titres.

Avec la mise en place, en 2007, du système de paiement RTGS de la BCEAO, le délai avait été réduit à J+3, déjà perçu comme un progrès majeur pour la liquidité et la gestion du risque.

Le passage à J+2 en 2025 marque ainsi la deuxième grande réduction du cycle de règlement, dans un mouvement assumé de convergence vers les pratiques des autres places émergentes et développées.


Une bascule encadrée par un calendrier transitoire

Techniquement, la réforme ne se fait pas d’un claquement de doigts. Le DC/BR a défini un calendrier de transition afin d’éviter les frottements entre les anciennes opérations en J+3 et les nouvelles en J+2.

Autour du 4 décembre 2025, certaines journées verront, par exemple, le règlement simultané d’opérations exécutées sous les deux régimes, le temps d’apurer le carnet d’ordres issu du J+3. Les sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI), les banques teneurs de comptes et les sociétés de gestion d’actifs ont été invitées à :

  • informer leurs clientèles,
  • adapter leurs processus de back-office,
  • ajuster leurs schémas de trésorerie et leur gestion du risque de règlement.

Une fois cette phase transitoire passée, la règle sera simple : une transaction exécutée un lundi sera définitivement réglée le mercredi, au lieu du jeudi auparavant.


Les raisons officielles : liquidité, risque et attractivité

Le DC/BR met en avant plusieurs objectifs pour justifier la réforme :

  • Renforcer la liquidité du marché :
    • un cycle plus court permet une rotation plus rapide des titres,
    • Les capitaux récupérés après une vente reviennent plus vite sur le marché, ce qui favorise les réinvestissements.
  • Réduire le risque de contrepartie :
    • plus le délai entre la négociation et le règlement est long, plus le risque de défaut d’une des parties est élevé,
    • en passant à J+2, on réduit la fenêtre de vulnérabilité pour les intermédiaires comme pour les investisseurs.
  • Améliorer l’efficacité opérationnelle :
    • la réforme oblige l’ensemble de la chaîne post-marché à une meilleure organisation,
    • elle encourage l’automatisation des traitements et un suivi plus fin des flux.
  • Aligner la BRVM sur les standards internationaux :
    • la plupart des grandes places (Europe, Asie, Amérique du Nord) ont déjà basculé en T+2,
    • ce rapprochement des standards facilite la tâche des investisseurs internationaux qui intègrent la BRVM dans des portefeuilles multi-marchés.

Quel impact pour les investisseurs et les intermédiaires ?

Pour les investisseurs individuels et institutionnels, le passage en J+2 est globalement perçu comme une bonne nouvelle.

  • Moins d’immobilisation de cash :
    • l’acheteur voit son argent mobilisé une journée de moins,
    • le vendeur récupère ses fonds plus rapidement.
  • Meilleure gestion de portefeuille :
    • possibilité de réallouer les capitaux plus vite,
    • plus grande réactivité face aux mouvements de marché.

Pour les SGI, les banques et les sociétés de gestion, la réforme implique en revanche un saut d’organisation :

  • compression des délais de traitement,
  • besoin d’outils informatiques plus performants,
  • coordination renforcée avec les équipes de trésorerie et de conformité.

Le gain de confort pour les investisseurs se traduit donc par plus d’exigence opérationnelle pour les intermédiaires, qui deviennent un maillon encore plus critique de la chaîne.


Un pas important… mais pas le dernier

En adoptant le J+2, le marché financier de l’UEMOA franchit une étape symbolique : il affirme sa volonté de sortir définitivement de la catégorie des marchés “lents” et d’entrer pleinement dans le club des places émergentes qui cherchent à séduire les grands gérants de portefeuille, les fonds africains et internationaux.

À moyen terme, certains acteurs évoquent déjà, prudemment, la possibilité de réfléchir à des délais encore plus courts sur des segments spécifiques, dans le sillage des débats internationaux sur le T+1 voire le T+0 sur certaines classes d’actifs.

Pour l’heure, le message est clair : en réduisant son cycle de règlement-livraison, l’UEMOA cherche à envoyer un signal de modernité et de crédibilité à l’heure où la concurrence entre places financières africaines s’intensifie.

Et si ce changement se joue en coulisses dans les systèmes du DC/BR, il pourrait bien, à terme, changer la manière dont les investisseurs regardent la BRVM : non plus comme une petite bourse régionale périphérique, mais comme une place qui s’aligne, pas à pas, sur les meilleures pratiques internationales.

La Rédaction

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