Innovation énergétique : Burkina Faso et Niger s’imposent en tête du Digital Energy Challenge.
Longtemps cantonnée aux câbles, aux groupes électrogènes et aux factures papier, l’énergie en Afrique vit une transformation silencieuse : elle devient numérique.
C’est précisément ce que met en lumière le Digital Energy Challenge, un programme porté par l’Agence Française de Développement (AFD) dans le cadre de la Digital Energy Facility. Objectif : financer et accompagner des projets qui utilisent le digital pour améliorer l’accès à l’électricité, l’intégration des énergies renouvelables et la performance des opérateurs énergétiques sur le continent.
L’édition 2025, organisée à Dakar, a confirmé une tendance qui casse les idées reçues : loin d’être condamnés à subir la fracture énergétique, des pays comme le Burkina Faso et le Niger sont aujourd’hui en tête de l’innovation énergétique numérique, comme le souligne un article de Sika Finance daté du 27 novembre 2025.
Le Digital Energy Challenge, laboratoire d’idées pour l’énergie de demain
Lancé en 2021, le Digital Energy Challenge s’adresse chaque année à deux grandes familles d’acteurs :
- des start-up, qui proposent des solutions numériques pour l’accès à l’énergie, la gestion des mini-réseaux, la facturation intelligente ou les services aux usagers ;
- des opérateurs énergétiques (sociétés nationales, régies, utilities), qui cherchent à moderniser leurs réseaux et leurs outils grâce au digital.
Les lauréats bénéficient de :
- subventions pouvant atteindre 150 000 euros,
- une assistance technique dédiée,
- et une intégration dans une communauté de pratique qui partage retours d’expérience et outils.
Au fil des éditions, les projets soutenus couvrent un spectre large :
- plateformes de paiement et de suivi client pour les mini-réseaux,
- outils de supervision en temps réel de centrales solaires,
- solutions d’optimisation de charge pour les réseaux en tension,
- applications mobiles pour la gestion des équipements solaires domestiques (PAYGO).
Dans ce paysage, l’édition 2025 fait la part belle à deux pays sahéliens souvent associés au déficit d’infrastructures : le Burkina Faso et le Niger.
Burkina Faso et Niger : de zones d’ombre à vitrines de l’innovation
Que des pays comme le Burkina Faso et le Niger apparaissent “en tête de l’innovation énergétique numérique” peut surprendre. Les deux États figurent parmi ceux où l’accès à l’électricité reste le plus faible au sein de l’espace CEDEAO, particulièrement en zones rurales.
C’est justement ce contexte de déficit qui fait émerger des solutions de rupture :
- Au Burkina Faso, la montée en puissance du solaire – illustrée notamment par la centrale de Zagtouli, près de Ouagadougou – a ouvert la voie à des projets où le numérique vient optimiser la production, la distribution et la facturation.
- Au Niger, des projets comme la centrale de Gorou Banda ou des mini-réseaux ruraux posent les bases d’une transition vers plus de renouvelables, que des outils digitaux viennent rendre pilotables et économiquement viables.
Selon l’article de Sika Finance, les projets lauréats issus du Burkina Faso et du Niger se distinguent par :
- leur ancrage dans les réalités locales (zones rurales, populations à faible revenu, réseaux fragiles),
- l’usage intensif de solutions numériques (plateformes cloud, applications mobiles, comptage intelligent, data analytics),
- leur capacité à répliquer les modèles à plus grande échelle si le financement suit.
Autrement dit, ces pays ne sont pas seulement des “bénéficiaires” de l’aide ; ils deviennent producteurs de solutions.
Du solaire, des data et des business models hybrides
Même si la liste nominative des lauréats burkinabè et nigériens de 2025 n’est pas intégralement détaillée dans l’extrait disponible, le profil type des projets soutenus par le Digital Energy Challenge est désormais bien connu :
- Start-up solaires PAYGO :
- kits solaires vendus à crédit,
- paiements via mobile money,
- plateformes numériques qui suivent les remboursements, les pannes, les usages.
- Opérateurs de mini-réseaux :
- supervision à distance de la production et de la consommation,
- ajustement des tarifs en fonction des profils d’usage,
- prévision de la demande grâce aux données.
- Utilities nationales :
- projets pilotes de smart metering,
- digitalisation de la relation client (portails web, applis),
- optimisation du dispatching entre différentes sources (hydro, thermique, solaire).
Dans cette architecture, le Burkina Faso et le Niger se retrouvent en vitrine car leurs projets combinent :
- la nécessité (faible taux d’accès),
- l’innovation (solutions numériques adaptées),
- et un alignement avec les priorités des bailleurs (climat, inclusion, digital).
Un enjeu d’image, mais aussi de souveraineté énergétique
Être mis “en tête de l’innovation énergétique numérique” dans un forum régional ou continental ne relève pas seulement du symbole. Pour le Burkina Faso et le Niger, cette visibilité a plusieurs effets concrets :
- Attirer de nouveaux financements :
Un projet lauréat du Digital Energy Challenge, bien exécuté, devient une référence pour d’autres bailleurs (Banque mondiale, BAD, fonds climat, investisseurs d’impact). - Renforcer les capacités locales :
Les équipes qui portent ces projets – ingénieurs, data scientists, développeurs, gestionnaires – construisent un savoir-faire national en énergie numérique. - Préparer une transition plus maîtrisée :
L’avenir énergétique de ces pays ne se limite pas à installer des panneaux solaires ; il repose sur la capacité à gérer les réseaux, les données et la demande via des outils digitaux.
À terme, ces innovations peuvent peser sur une question centrale : la souveraineté énergétique.
Moins de dépendance au diesel importé, plus de production locale, mieux gérée, mieux facturée.
Une vitrine qui interroge le reste du continent
Que le Burkina Faso et le Niger soient aujourd’hui mis en avant comme locomotives de l’innovation énergétique numérique pose aussi une question aux autres pays africains mieux dotés en infrastructures mais parfois moins agiles.
Les enseignements sont clairs :
- là où les réseaux classiques sont faibles, la flexibilité numérique devient un atout ;
- là où les budgets publics sont limités, des solutions hybrides public-privé et des montages appuyés par des bailleurs peuvent accélérer les choses ;
- là où les États laissent respirer les start-up, la créativité locale trouve sa place.
Le Digital Energy Challenge n’est ni un podium définitif ni un classement officiel.
Mais le fait que des projets burkinabè et nigériens y soient mis en avant en 2025 montre une chose : l’avenir de l’énergie en Afrique se jouera aussi dans ces pays qu’on disait “périphériques”.
La prochaine bataille ne sera pas seulement de produire plus d’électricité, mais de la gérer intelligemment. Et sur ce terrain, le Burkina Faso et le Niger sont déjà dans le match.
La Rédaction



