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Cacao : Washington desserre l’étau douanier et rouvre grand son marché aux producteurs africains.

Sous pression de l’inflation et des industriels, Washington a choisi de revoir sa copie sur les produits agricoles importés.
Par un décret daté du 14 novembre 2025, l’administration américaine a décidé de supprimer une série de droits de douane pouvant aller jusqu’à 40 % sur plusieurs produits, dont le cacao, le café, le thé ou encore certaines épices. La mesure est applicable rétroactivement au 13 novembre, signe de l’urgence économique ressentie à Washington.

Ces surtaxes, introduites quelques mois plus tôt dans une logique de politique commerciale offensive, avaient fini par se retourner contre l’économie américaine elle-même :

  • hausse des coûts d’importation,
  • renchérissement des matières premières agricoles,
  • pression accrue sur les prix à la consommation.

Dans ce contexte, la décision de lever les droits sur le cacao ressemble autant à un geste d’ouverture vers les partenaires africains qu’à un repli tactique pour contenir l’inflation.


Le cacao, un produit stratégique… que les États-Unis ne produisent pas

Si le cacao apparaît en première ligne dans cette décision, ce n’est pas un hasard.

Contrairement au maïs ou au soja, massivement produits sur le sol américain, le cacao est quasi inexistant en production domestique, à l’exception de volumes marginaux à Hawaï. Washington a donc requalifié le cacao comme produit “non disponible” localement, ce qui justifie son retrait du champ des surtaxes.

Pour les autorités américaines, l’enjeu est double :

  • sécuriser l’approvisionnement d’une filière agroalimentaire très exposée – chocolat, confiserie, boissons chocolatées –,
  • alléger la facture d’importation pour les industriels, dans un contexte de chaînes logistiques déjà fragilisées.

Les grands groupes (chocolatiers, transformateurs, distributeurs) avaient multiplié les signaux d’alarme sur l’impact des droits de douane sur leurs coûts et, in fine, sur le portefeuille des consommateurs américains.


Le Ghana en première ligne des bénéficiaires

Sur le continent africain, un pays est particulièrement mis en avant dans la communication autour de cette mesure : le Ghana.

Selon plusieurs sources économiques, Washington a notamment levé un droit de 15 % sur les exportations agricoles ghanéennes, dont le cacao, produit emblématique de l’économie du pays.

Quelques chiffres permettent de mesurer l’enjeu :

  • le Ghana exporte en moyenne 78 000 tonnes de cacao par an vers les États-Unis ;
  • la suppression des droits de 15 % représente environ 60 millions de dollars de gains supplémentaires par an pour le pays, selon les estimations relayées par la presse spécialisée.

La décision américaine n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un paquet diplomatique plus large.

Accra a accepté d’accueillir des ressortissants ouest-africains expulsés des États-Unis, tandis que Washington :

  • a levé des restrictions de visas visant le Ghana,
  • et supprimé des droits de douane sur plusieurs produits agricoles clés (cacao, noix de cajou, fruits tropicaux…).

Derrière le dossier cacao, on retrouve donc une négociation migratoire et commerciale imbriquée.


Effet d’entraînement pour les autres producteurs africains

Même si le Ghana est la vitrine politique de cette annonce, la suppression des droits de douane sur le cacao vers les États-Unis profite aussi aux autres grands exportateurs africains, au premier rang desquels la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial.

Concrètement, les effets attendus sont multiples :

  • une amélioration de la compétitivité du cacao africain sur le marché américain,
  • la possibilité de gagner des parts de marché face à d’autres origines,
  • un surcroît de recettes en devises dans un contexte de fortes tensions macroéconomiques dans plusieurs pays producteurs.

Pour la Côte d’Ivoire, le Ghana et d’autres exportateurs, la suppression de la barrière douanière est une bouffée d’oxygène dans un environnement où les producteurs sont pris en étau entre :

  • la volatilité des cours mondiaux,
  • la hausse des coûts de production,
  • et la dépréciation de leurs monnaies locales.

Washington cherche à calmer la facture “chocolat”

Côté américain, ce geste vis-à-vis du cacao ne relève pas seulement de la solidarité internationale.

Les surtaxes imposées quelques mois plus tôt avaient contribué à :

  • renchérir les prix du chocolat et de nombreux produits dérivés à base de cacao,
  • alimenter un sentiment de “vie chère” déjà nourri par l’augmentation des loyers, de l’énergie et des services,
  • exposer politiquement l’administration en place aux critiques sur sa gestion de l’inflation.

En supprimant ces droits de douane, Washington :

  • envoie un signal aux consommateurs,
  • répond aux lobbies agroalimentaires,
  • et tente de normaliser un peu plus la trajectoire des prix sur des produits très visibles dans le panier de consommation.

Un rééquilibrage géoéconomique en filigrane

La décision américaine a aussi une lecture géoéconomique.

Dans un contexte de compétition accrue avec d’autres puissances (notamment la Chine) sur l’influence en Afrique, ouvrir davantage son marché au cacao africain permet à Washington de :

  • montrer qu’il est capable d’offrir des gains économiques tangibles aux partenaires du continent,
  • accompagner des États clés comme le Ghana sur des produits stratégiques,
  • renforcer des liens commerciaux et diplomatiques en s’appuyant sur des secteurs à forte valeur symbolique (cacao, café, noix de cajou…).

Pour les pays producteurs, l’enjeu sera de capitaliser sur cette ouverture :

  • en améliorant la qualité et la traçabilité de leur cacao,
  • en diversifiant les débouchés (Europe, États-Unis, Asie),
  • et, à terme, en développant davantage la transformation locale pour capter plus de valeur.

Une ouverture, mais pas une garantie

La suppression des droits de douane ne règle pas tout.

Les prix payés aux producteurs africains restent soumis à :

  • la formation des cours sur les marchés internationaux,
  • la structure des chaînes de valeur, où la transformation et la distribution captent l’essentiel des marges,
  • la capacité des États producteurs à imposer ou non des mécanismes de prix minimum ou de différentiel de revenu vital.

Washington a rouvert sa porte, mais ce sont les politiques nationales africaines, les stratégies des exportateurs et les négociations avec les grands industriels qui diront si cette ouverture se traduit vraiment par un meilleur partage de la valeur.

Pour l’heure, une chose est sûre : le cacao africain entre aux États-Unis un peu moins taxé. Dans un marché aussi sensible que celui du chocolat, c’est déjà un changement qui compte.

La Rédaction

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